CHAPITRE I
demandant de pouvoir achever son cours, mais que cela même lui avait été refusé. M. Chappuis était, comme nous l'avons souvent vu, grave mais serein. Les étudiants vinrent en corps lui toucher la main et il leur adressa quelques bonnes paroles. Tous savaient que cela devait arriver, tous néanmoins furent surpris, étonnés; ce fut pour les étudiants comme un nouvel ébranlement de cet édifice de la patrie dans lequel ils avaient coulé des jours si doux !
Le 2 décembre, le président du conseil d'état avait adressé à M. H. Berthoud, sufifragant à Vallorbes, une lettre dans laquelle, tout en l'avertissant de s'abstenir de porter la politique en chaire, il l'engageait à retirer sa démission. De là naquit une correspondance qui ne laisse pas que de jeter quelque jour sur la manière dont le conseil d'état se plaisait à envisager la démarche des pasteurs qui avaient résigné leurs fonctions officielles. Il est évident que le pouvoir se trompait absolument sur la nature vraie des motifs qui avaient dicté à la plupart des démissionnaires la conduite qu'ils avaient tenue. C'est ce que M. Berthoud s'efforce de démontrer en analysant les considérants du jugement du 3 novembre, considérants qui attaquaient directement le ministère chrétien dans l'église nationale, qui attribuaient au conseil d'état une compétence impossible sur la conscience des pasteurs, qui livraient la chaire chrétienne à discrétion à un corps d'hommes, qui faisaient de l'église une église gouvernementale et politique, qui invalidaient, quant aux réunions d'édification, l'autorité absolue de la Parole de Dieu.
Après cet examen approfondi du jugement du 3 novembre, les appréhensions de M. Berthoud sur le ministère chrétien dans V église nationale s'étaient renforcées et multipliées. Il était certain que les principes fondamentaux de Véglise vaudoise depuis
la réformation avaient été profondément altérés par le jugement et ses considérants. Comment donc rentrer dans cette église ou y rester sans garanties? Or le conseil d'état insistait pour que les pasteurs se rétractassent sans conditions ni réserves. C'était trop fort ! Les considérants de l'acte de démission étaient-ils donc des phrases vides, des enfantillages? Si le conseil d'état avait un désir sincère d'obtenir le retrait des démissions, il ne devait pas imposer une rétractation pareille. «Comment, s'écrie M. Berlhoud, ne voyez-vous pas que cette proposition est le plus sanglant des outrages? » « Quoi, en effet! il nous faudrait condamner tout notre passé, approuver tout le vôtre ainsi que les doctrines énoncées dans le jugement du 3 novembre, et en outre nous livrer à vous sans conditions ni réserves de tout ce que vous pourriez vouloir nous prescrire, sans réserver les droits de l'église, sans réserver notre conscience, sans réserver les commandements de Dieu? Mais c'est le général des jésuites qui exige de ses subordonnés une aussi aveugle soumission. Vous ne pouvez pas vouloir cela de nous. »
11 va sans dire que M. Berthoud ne pouvait obtenir gain de cause. M. Druey lui répondit que le conseil n'avait pas à entrer en matière avec lui sur les points qu'il discutait dans sa lettre, et qu'il était rayé du tableau. Au moins cela était clair et net. De son côté, le sufïragant de Vallorbes fit imprimer sa correspondance avec le conseil d'état, en la faisant suivre de quelques considérations sur la position réciproque du clergé et du gouvernement
Il est juste de dire, — et c'est ici le moment de le faire, — que plusieurs des pasteurs qui crurent devoir ou pouvoir res-
1 La question ecclésiastique du canton de Vaud. Lausanne, G. Bridel , 1845. 20 pag. in-8.