CHAPITRE I
b) Les licenciés en théologie ou porteurs de diplômes équivalents, parlant la langue française, etc.
c) Les Vaudois étudiant la théologie à l'académie de Lausanne ou dans des établissements analogues hors du canton. Ces licenciés et ces étudiants seraient consacrés s'ils remplissaient les conditions voulues. Les ministres consacrés dans le canton, et, pour lors, absents du pays, seraient appelés à se mettre le plus tôt possible à la disposition de la commission ecclésiastique pour le service de l'église nationale.
La perspective de voir arriver dans le canton des étrangers qui occuperaient les chaires d'où les démissionnaires, enfants du pays, connus et, malgré tout, estimés, venaient de descendre, cette perspective, disons-nous, ne laissa pas que d'inquiéter la partie la plus saine de l'église nationale et les plus vivants d'entre ses pasteurs. Nous aurons peut-être l'occasion de nous assurer que ces inquiétudes n'étaient pas sans fondement. On pouvait difficilement présumer que l'élite des pasteurs étrangers choisirait ce moment-là pour venir occuper les postes vacants de l'église nationale.
Quant aux étudiants en théologie de l'académie de Lausanne, ils eurent, eux aussi, ce qu'ils purent envisager comme leur journée du 11 novembre. C'était le lundi 8 décembre. Seize à vingt d'entre eux avaient reçu du président de la commission ecclésiastique des lettres par lesquelles ce magistrat les engageait à remplir au besoin, dans les paroisses où on les enverrait, les fonctions pastorales. On se taisait du reste fort prudemment sur les questions de consécration et d'administration des sacrements. La majorité de ces jeunes hommes, disciples des Vinel et des Ghappuis, décidèrent de lier leur cause à celle des pasteurs démissionnaires. Mais, malgré les excellentes raisons et les paroles chaleureuses de leurs amis, trois étudiants, présents dans l'assemblée, et trois autres qui étaient restés dehors, persistèrent à accepter les offres du gouvernement.
Sur ces entrefaites, le grand conseil avait repris, le 8 décembre, le cours de sa session. A la fin de la séance du jeudi 11 , un député de Ballens, M. Cloux, présenta une motion dont le retentissement fut trop grand pour que nous n'en donnions pas ici le texte tout entier.
Considérant que, dans une république démocratique, tout ce qui tient à la religion et à l'instruction publique intéresse hautement la nation; attendu que c'est par l'instruction religieuse et civique que se forme le citoyen; attendu que dans l'état actuel des choses il est du plus haut intérêt de faire respecter ces principes; attendu que, d'après nos lois sur l'instruction publique, un grand nombre d'ecclésiastiques sont chargés d'instruire la jeunesse au point de vue civique; attendu que, parmi ces ecclésiastiques, il en est, soit dans l'académie, soit dans l'école normale, soit dans les collèges, qui ont donné leur démission de ministres de l'église nationale, et qui, par conséquent, se trouvent en opposition avec les principes religieux qu'ils doivent enseigner; attendu que cette anomalie est dangereuse et de mauvais exemple, et qu'il est ainsi de toute nécessité de remédier à cet état anormal :
Le soussigné, pénétré de l'extrême urgence d'apporter un remède efficace et prompt à cette perturbation, propose que les ecclésiastiques prémentionnés soient immédiatement déclarés incapables d'exercer les fonctions relevant de l'instruction publique dont ils sont revêtus, et qu'il soit repourvu à leurs places par des citoyens qui respectent les lois du pays et qui inspirent à leurs élèves l'amour de la patrie et de ses institutions sous le point de vue patriotique, moral et religieux.
Comme on pouvait s'y attendre, cette motion fut appuyée et renvoyée à l'examen d'une commission que le bureau devait nommer. Les lauriers du préfet de Gossonay avaient, paraît-il, empêché le député de Ballens de dormir. La question de la liberté religieuse, ou plutôt la négation de cette liberté, se présentait sous une nouvelle face. Nous aurons à y revenir lorsque cette incroyable motion reparaîtra devant le grand conseil, le mois suivant. Remarquons, dès à présent, qu'elle ne devait pas contribuer à rendre la position des démissionnaires plus facile,