‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 127 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ni le conseil d'état pins sage, ni le peuple plus calme. A ce dernier égard, il était permis de craindre que les principes posés par le conseil d'état dans son arrêté interdisant les services de l'oratoire de Lausanne, ne portassent promptement leurs fruits. Dès le dimanche 14 décembre, une réunion religieuse était violemment troublée au-dessus de Chexbres. Les assistants s'étant cachés lors de la première invasion du domicile, les agresseurs les attendirent, puis ils pénétrèrent dans la maison et battirent les personnes qu'ils y trouvèrent. Huit jours après, le dimanche 21 , un certain nombre de réunions de frères de Plymouth étaient dissoutes à Lausanne par l'office de l'huissier du préfet. Enfin, dans la contrée de Montreux, on remarquait également quelque agitation \.

Il était impossible que l'esprit d'intolérance qui avait fait demander et qui avait accordé les pleins pouvoirs, ne dirigeât toute la politique du conseil d'état vis-à-vis des démissionnaires et des tentatives que ces derniers pourraient faire pour conserver quelque influence sur leurs anciens paroissiens. Il fallait absolument les priver de cette influence, et, par conséquent, les mettre au ban du pays; leur faire une situation telle que personne, — autorités communales ou simples particuliers, — ne se souciât d'avoir affaire avec eux. Il fallait les placer sous l'interdit.

On peut se convaincre que tel était le plan que le conseil d'état avait formé, ou que, dans tous les cas, il s'appliquait à

1 Le Nouvelliste vaudois continuait à exciter les passions populaires. Dans son N° du 16 décembre 1845, il insérait un article intitulé : Pourquoi les méthodistes sontils si antipathiques? C'était un ramassis d'inepties indigne de toute réfutation, mais qui constituait la pâture du peuple.

suivre. Il n'y a pour cela qu'à observer les instructions que le gouvernement donne à ses agents; instructions secrètes d'abord, mais qui ne tardent pas à s'étaler au grand jour dans une circulaire illustrée par des faits positifs.

A la date du 24 décembre, le conseil d'état adressait une longue circulaire aux préfets et par eux aux municipalités-. Gomme toutes les pièces de même nature, celle-ci débutait par une apologie de la conduite du pouvoir exécutif, et par un narré des faits destiné à prouver que s'il y avait souffrance dans l'église, il fallait « s'en prendre à la retraite des ministres qui avaient délaissé l'église au moment où elle avait le plus besoin de leur concours. » Toutefois le conseil d'état se met en mesure de combler les vides, et peut-être quelques ministres démissionnaires se laisseront-ils encore gagner. Il est vrai que quelques-uns de ces derniers ont offert de continuer à prêcher dans les temples, à instruire des catéchumènes et à administrer les sacrements. Bien plus, plusieurs d'entre eux ont fait toutes ces choses. Le conseil d'état estime cette conduite « aussi incompréhensible qu'illégale. » Ces messieurs ont reçu Tordre de cesser immédiatement leurs fonctions; ils ont donc enfreint le code pénal, et ceux qui les y ont aidés sont « complices du délit et punissables comme tels. »

C'était parler net! Les faits étaient du reste à la disposition du conseil d'état. C'est ainsi, par exemple, que le dimanche 25 décembre, jour de Noël, la municipalité de Chardonne, sachant que la paroisse serait privée de tout culte officiel, pria l'ancien pasteur, M. F. Frossard, de prêcher dans le temple et d'y distribuer la cène. M. Frossard se rendit à ce désir de ses anciens paroissiens. Il reçut aussitôt, du préfet de Vevey, une longue lettre contenant en substance tout ce que la circulaire du gouvernement devait rendre public quelques jours plus tard. Le droit des communes de disposer de leurs propriétés était ainsi nié, comme M. Frossard le faisait remarquer dans

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