‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 129 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

rendu compte, y sont présentés dans leur ordre chronologique et sous un aspect naturellement favorable. En terminant, le président du conseil d'état, jetant un dernier coup d'œil sur l'état de l'église officielle, disait avec une modestie qu'on ne lui connaissait guère : « La nouvelle organisation marche donc; mais, il faut le dire, avec peine, elle ne peut être que provisoire *. »

Au milieu de toutes les excitations à la haine et de tous les actes d'intolérance dont, du haut en bas de l'échelle administrative, on s'applique à faire la philosophie, on entend avec bonheur retentir quelques appels à la concorde et à la tolérance par le moyen de la liberté et du respect des convictions.

Aux derniers jours de décembre 184-5, M.Vinet publiait sa Pétition au peuple vaudois*, nouvelle et noble page ajoutée aux éloquents plaidoyers de l'illustre avocat de la liberté religieuse. M. Vinet se présentait devant tous les Yaudois adultes comme « devant un grand jury, » et il ne pouvait se mettre dans l'esprit que le peuple vaudois fût « sourd aux bonnes raisons. » Ce sont ces bonnes raisons qu'il soumet à son jugement et à sa conscience. Une seule liberté nous manque, c'est la liberté religieuse. Et cependant, c'est la plus noble de toutes, car c'est la seule qui soit « désintéressée; » c'est la liberté de faire ce qui plaît à Dieu, la liberté d'obéir. Si nous n'avons pas cette liberté, c'est que vous, Vaudois, vous ne la voulez pas! Si vous la vouliez, qui songerait à vous la refuser? Que voyons-nous, en effet?

1 Bulletin des séances du grand conseil, 1845, pag. 696-706. — C'est dans cette séance que M. Druey exposa ses idées sur le bonheur des peuples qui conservent quelque chose de la sauvagerie primitive, la force du bras, et qu'il employa le terme pittoresque de saboulée.

• Lausanne, G. Bridel, 1845, 16 pag. in-8.

Depuis bientôt dix mois, il n'est plus permis à des citoyens honnêtes, observant les lois, payant l'impôt, faisant, quand ils y sont appelés, leur service militaire, d'adorer Dieu comme ils l'entendent. Tout est permis plutôt que cela. Des conventicules au cabaret, le verre à la main, de huit heures du matin jusqu'à dix heures du soir, tant qu'on voudra, c'est l'ordre. Les bonnes ménagères ne trouvent pas que ce soit l'ordre; elles se plaignent, elles pleurent: bagatelle. On ne ferme pas les cabarets; et, après tout, comment pourrait-on les fermer? Mais des conventicules dans lesquels, au lieu de boire, l'on prie, au lieu de chansons on chante des psaumes, et d'où, communément, on sort à sept heures, c'est tout autre chose. Voilà des réunions coupables, voilà de mauvais lieux, qu'il faut se hâter de fermer.... Si la meilleure des libertés, si la liberté religieuse était populaire dans ce pays, comme plusieurs autres libertés, croyez-vous de bonne foi que tout ce que nous voyons fût possible?

A qui donc en est la faute? Hélas! à peu près à tout le monde, et il faut croire que le peuple vaudois n'aime pas cette liberté qui est « chère à ceux qui en font usage et qui déplaît aux autres. » Et cependant, qui oserait dire qu'elle ne soit pas sacrée? Voulez-vous donc ressusciter la persécution?

La persécution nous couvrirait de honte, cela est clair. Est-ce qu'en revanche elle nous apportera quelque profit? En toute entreprise, il faut se demander premièrement : de quel droit? secondement : à quoi bon? Bornons-nous, si cela vous plaît mieux, à la seconde question, et cherchons ensemble Yutilité de l'intolérance. Je vous défie de lui trouver un seul bon côté. Je vous défie de me montrer que, quand nous aurons menacé, maltraité, chassé les gens à cause de leurs opinions religieuses, nos champs en seront plus fertiles, notre bourse mieux garnie, notre âme plus tranquille, le pays plus content, nos droits mieux assurés, notre gouvernement plus fort. Nous aurons contenté nos haines, voilà tout : le beau profit! L'intolérance ne nous en promet point d'autres; et comptez, si vous le pouvez, tout ce qu'elle nous apporte de maux. Après la secousse d'une révolution, nous avons besoin d'ordre, de paix, de sécurité.... Que faisons-nous en persécutant ou en laissant persécuter? Que faisons-nous que de déshonorer, d'appauvrir et d'affaiblir le pays?

Les intolérants crient à la dissidence! Qu'est-ce? Un mot, rien de plus. Le crime d'avoir d'autres opinions que la masse....

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