MOL'VEM. RELIG. VI
En présence de ces mesures de l'autorité civile, encore une fois quelles pouvaient être lesespérances des membres du clergé demeurés fidèles à l'acte de la démission?
S'il en était qui se fussent retirés dans la pensée d'effrayer le conseil d'état et de l'obliger à revenir en arrière, l'illusion pour eux n'était plus possible, car il était évident que le gouvernement, quoiqu'il pût encore concevoir quelques inquiétudes pour l'avenir, ne reculerait pas. Mais, malgré ce que les partisans du régime de 1845 et les ennemis de la démission ont prétendu avec tant de passion, les faits subséquents ont prouvé que ce motif n'était pas entré en ligne de compte dans la démarche générale du clergé vaudois. A cet égard, les amis politiques des démissionnaires leur ont singulièrement nui, et, par contre-coup, ils ont nui à toutes les conséquences directes ou indirectes de la démission. Ils ont donné prise à des accusations qui avaient un air de vérité, tandis qu'eux-mêmes, voyant que la résistance du clergé ne provoquait pas la réaction qu'ils espéraient contre Tordre de choses issu de la révolution de février, abandonnaient les ministres en répétant très haut que le coup avait manqué! Lequel des hommes de cette époque, et même de ceux qui sont venus après, n'a connu quelqu'un de ces soutiens compromettants, amis la veille, ennemis le lendemain ?
La plupart des démissionnaires ne se faisaient donc pas d'illusions sur le compte du gouvernement. Quelques-uns, mais très peu, étaient partisans de la séparation de l'église et de l'état; le plus grand nombre était sorti au fond par suite du malaise que leur procurait la loi de 1839, malaise que les dernières mesures de l'autorité avaient augmenté. Un instant, il est vrai, ils s'étaient pris à espérer que le gouvernement accorderait les garanties demandées dans l'acte de démission. Cette illusion fut de très courte durée. Mais si, le premier moment passé, les démissionnaires n'attendaient plus rien du gouverne-