‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 137 sur 269 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

En personnifiant l'état, l'auteur se le figure se disant, s'il est sage : N'imposons pas les croyances, ne les conseillons pas; car nous n'avons ni la main légère, ni les demi-tons dans la voix, et, bon gré, mal gré, tout ce qu'un état conseille, il l'impose. N'étouffons pas dans nos embrassements cette religion, cette inlluence, cette grâce qui souffre de tout contact humain et qui a tant de peine à s'en garder. Pour tout obtenir d'elle, ne lui demandons rien. Laissons-la dans son élément qui est l'indépendance. Nous n'y perdrons pas, car la liberté de l'église fait sa prospérité, et la prospérité de l'église fait la prospérité de l'état.

M. Vinet développe ensuite, avec toute la vigueur de raisonnement qui lui est propre, la considération si grave que, dans le système de l'église d'état, l'état substitue le peuple de la cité au peuple de l'église, ou plutôt qu'il se substitue en matière ecclésiastique à l'un et à l'autre. « Or, ce régime anéantit l'église; il fait plus encore, il la nie. » Que voyons-nous en effet dans l'église nationale du canton de Vaud? Un état et un clergé. Et il ne pouvait pas s'y trouver autre chose. Or la nécessité contraint ce dernier à revenir aux principes : les principes, et c'est dans l'Evangile qu'on les trouve, les voici :

Le clergé n'est pas l'église; l'église, ce sont les fidèles; l'église doit se gouverner elle-même; les prédicateurs de l'Evangile n'en sont pas les seuls ministres ; il n'y a pas proprement de clergé dans une église évangélique; c'est toute l'église qui est le clergé.... Ce dont il s'agit, c'est de rendre aux laïques, c'est-à-dire au peuple de l'église, à l'église moins ses fonctionnaires, les attributions et la vie, dont jusqu'à ce jour ils se sont privés. Ce dont il s'agit, c'est, pour tout dire en un mot, de créer, de constituer une église. Or, ni dans les circonstances présentes ni dans d'autres, elle ne peut, avec tous ses caractères essentiels, être créée sous les auspices de l'état, ni dans des rapports quelconques avec l'état. Elle ne s'élèvera de la condition d'institut clérical à celle d'église que sur le terrain d'une pleine et parfaite indépendance1.

1 Considérations, etc., pag. 29-31.

Ici vient se ranger la question du salaire des pasteurs, salaire qu'ils doivent recevoir de l'église et non de l'état. Ce dernier, en effet, renferme un nombre considérable de personnes ne faisant et ne voulant faire usage d'aucun culte, et donnant à regret pour l'entretien des ministres d'une religion qu'ils ne professent pas.

Pour sauver un monde qui a considérablement changé, et dont l'opposition à la religion chrétienne a pris une autre forme, il faut que l'église change aussi, non sa doctrine qui est immuable, mais son organisation, son mode d'action, en un mot, ses procédés.

Netteté dans la position, dit M. Vinet aux démissionnaires, variété dans l'action, tels sont les avantages dont les temps actuels vous pressent de vous emparer. Vous ne le pouvez, vous ne pouvez vous assortir à la forme présente du monde et vous proportionner à ses besoins, qu'à condition de sortir des cadres de la politique.... Le nationalisme, avec ses grands cadres, nous fait illusion sur sa force; la liberté du mouvement lui manque, et la fiction légale, en le grossissant, l'affaiblit. Tout ce qui se fera d'énergique et de décisif, dans le sens des nécessités présentes, se fera sans lui, hors de lui.

...A la pensée de ces foules ou de ces masses que, d'avance, vous voyez errantes et dispersées comme des brebis sans pasteurs, votre cœur se trouble, vous éprouvez quelque chose de la sainte compassion du Sauveur, et vous dites : Qui nous les amènera, à présent que l'état ne nous les amène plus? Mais qui donc les amenait vers Jésus? Si vous avez eu les masses (et là-dessus je m'en rapporte à vous), est-ce l'état qui vous les amenait? Où en est la preuve? Je ne la vois pas. Il n'amenait pas la multitude dans les oratoires, et les oratoires étaient pleins. Vous imputez à l'institution nationale un fait dont rien ne démontre qu'elle doive recueillir l'honneur.... S'il est encore pour vous un moyen de remuer les masses, c'est de prendre votre point d'appui hors des masses, hors de l'état, hors du monde l.

Quelle pouvait être la conclusion des Considérations? Qu'il y ait donc une église vaudoise libre 1 Mais encore, en arrêtant

1 Considérations, etc., pag. 39-44.

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