CHAPITRE II
libre, un emploi suffisant de leur temps; aussi, plusieurs songeront bientôt à s'expatrier, tandis que d'autres, dont la vocation au ministère n'a pas été assez réelle, abandonneront décidément une œuvre à laquelle ils ne s'estiment pas propres.
Tandis que la commission centrale travaille à jeter les bases d'une église nouvelle, elle ne perd pas de vue le second des buts en vue desquels elle a été nommée : elle doit veiller aux intérêts des pasteurs démissionnaires.
Déjà, dans sa circulaire du 19 novembre, elle prévient ces derniers qu'elle prépare avec activité les moyens de subvenir aux besoins actuels et matériels et que son œuvre avance. Peu après, dans sa quatrième circulaire, elle s'informe des ressources et des nécessités des pasteurs restés fidèles à leur démission, et du traitement qu'il y aurait à leur assigner. Le 16 décembre enfin, une réunion de délégués de districts a lieu à Lausanne, pour s'occuper d'une souscription destinée à suppléer aux traitements que les pasteurs démissionnaires recevaient de l'état; un comité est nommé pour aviser à la répartition du produit de cette souscription, suivant les besoins des pasteurs.
L'assemblée ne devait se préoccuper que des besoins des démissionnaires, et la caisse qui allait être fondée n'était destinée qu'à suppléer aux traitements des signataires du 12 novembre. Il n'était alors nullement question d'une caisse de l'église libre. Il importe d'insister sur ce point, parce que la caisse de secours pour les démissionnaires n'a rien eu de commun avec la caisse établie plus tard pour les fonctionnaires de l'église libre, et que longtemps encore après la constitution de cette église, la caisse de secours a dû allouer des subsides à des ministres qui n'avaient pas été appelés à occuper un poste dans l'église libre, ou qui, même, ne s'étaient point rattachés à cette dernière.
Le 19 décembre, le comité central, chargé de l'administration de la caisse, adressait un premier appel à la générosité et au dévouement des membres des paroisses en formation 4. A ce jour, le montant des sommes souscrites dans le canton s'élevait déjà à 31 380 fr. de Suisse (soit plus de 40000 fr. de France). Quelques jours plus tard, le comité, en notifiant aux pasteurs et ministres démissionnaires l'établissement de la caisse de secours, leur disait : « Après votre acte de démission, un grand nombre de vos concitoyens qui avaient suivi, avec la plus vive sympathie, la lutte que vous avez soutenue, avec tant de courage et de dévouement, dans l'intérêt du ministère chrétien, éprouvèrent le besoin de s'associer à votre noble cause. Ils désiraient surtout vous conserver au milieu d'eux ; ils craignaient de vous perdre dans un moment où plus que jamais ils sentaient la nécessité de votre ministère. Votre sacrifice était accompli. Pour obéir à votre conscience, vous avez quitté une position heureuse et assurée. Vos concitoyens ne devaient pas, ne pouvaient pas vous abandonner. Ils n'auraient pu, sans se faire violence à eux-mêmes et sans mériter la honte, écouter les scrupules honorables de votre désintéressement, ni les conseils d'une prudence exagérée qui leur disaient de vous laisser le soin du combat et l'honneur des sacrifices et des privations. C'est comme une grâce, messieurs, qu'ils vous demandent une part dans votre noble cause, en leur permettant de faire ce qui dépendra d'eux pour assurer votre existence et celle de vos familles, pour vous conserver à vos paroisses et à votre ministère, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de mettre un terme à l'épreuve pénible et glorieuse qu'il vous a envoyée2. »
Au 31 décembre 1846, la somme totale des dons et des
1 Le comité d'administration était composé de MM. Ed. Chavannes, président A. de La Harpe, vice-président, A.Kohler, caissier,/. Selppel, secrétaire, F. Manuel, à Lausanne, E. Davall, à Vevey, et F. Forel, à Morges.
* Circulaire du 28 décembre 1845.