‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 140 sur 269 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

souscriptions, tant du canton que de la Suisse et de l'étranger, s'était élevée à plus de 180000 fr., dont plus d'un tiers du pays lui-même, un autre tiers de huit cantons suisses, et le troisième de l'étranger. Au premier jour de cette première année d'exercice, des cent cinquante pasteurs et ministres qui avaient persisté dans leur démission, cent dix-sept étaient inscrits sur le tableau des répartitions. Il n'était ici question que de ceux qui desservaient un poste ou une suffragance avant le 12 novembre et qui avaient abandonné leur salaire en se retirant du service de l'état.

En jetant un coup d'œil rétrospectif sur cette première année, le comité pouvait constater que « peu à peu, et sans aucun appel, des dons généreux étaient arrivés de toutes parts; quelques-uns en franchissant des distances considérables, même l'immensité de la merl Les grands de la terre et les pauvres, les pasteurs des églises et les simples fidèles s'étaient associés pour cette bonne œuvre, et à côté du don brillant du riche, le comité avait souvent reçu la pite de la veuve. » Le rapport pourrait, dit-il, divulguer bien des traits intéressants, bien des bonnes aclions faites avec une modestie qui en relevait la valeur, mais il s'abstenait de peur d'ôter leur parfum à ces témoignages de la charité. A cette cordialité d'un côté, avait répondu de l'autre le noble désintéressement des pasteurs. Au milieu des accusations injustes dont une presse malveillante les abreuvait, il fallait du courage, il fallait de l'abnégation pour accepter des secours qui leur étaient reprochés comme des secours qu'eux-mêmes auraient sollicités. Que de traits de fermeté, d'humilité et de charité l'histoire n'aurait-elle pas à enregistrer ici 1 1

Parmi les dons venus de l'étranger, aucun ne fut plus amè-

1 Rapport du comité central d'administration de la caisse pour les pasteurs et ministres démissionnaires, à l'assemblée générale des délégués des comités de districts, le 12 janvier 1847. (Àutographié.) Rédigé par M. Ed. Chavannes.

rement et perfidement exploité contre les pasteurs démissionnaires que celui de 12000 fr. du roi de Prusse. Pour le Nouvelliste, c'était une trop bonne occasion de jeter encore plus de discrédit sur les démissionnaires, pour qu'il ne la saisît pas avec empressement. Le Courrier suisse avait, assez maladroitement du reste, signalé ce don comme une preuve du vrai sentiment de la cour de Prusse sur le différend entre le clergé et le gouvernement1. Aussitôt le Nouvelliste d'écrire : « Le roi de Prusse est intervenu dans nos affaires ecclésiastiques.... Les démissionnaires ont pour eux les adversaires de la démocratie, les partisans du méthodisme allemand. L'étranger verse son or dans leur caisse.... Le roi de Prusse n'a pas fait attention qu'il va droit contre le but qu'il se propose, celui de donner de l'appui aux démissionnaires. C'est le plus terrible coup de massue qu'il pût leur porter, et nos séparés pourront s'écrier : Timeo Danaos et doua ferentes, je crains les Grecs et leurs présents. En effet, si les démissionnaires acceptent les 12 000 fi on dira qu'ils sont à la solde de l'étranger, et on sait ce que cela signifie2. » Longtemps encore les adversaires passionnés des démissionnaires devaient exploiter contre eux ce fait en soi parfaitement simple. Mais le parti dominant sentait la faiblesse de sa cause, il comprenait que si les pasteurs pouvaient vivre indépendants de l'état, la cause de l'église chrétienne était gagnée dans le canton de Vaud. Il fallait donc à tout prix qu'ils ne pussent exercer aucune fonction, que leurs paroissiens, pour ne pas subvenir à leur entretien, les abandonnassent et qu'ils leur fissent un crime de l'argent qu'une sympathie désintéressée pourrait leur procurer de l'étranger. C'est ainsi qu'on répandait le bruit que des trésors étaient arrivés d'Ecosse, tandis qu'il n'était pas venu un schelling de ce pays. Mais pour des

1 Courrier suisse, 1846, N° 14, 17 février. * Nouvelliste vaudois, 1846, N° 15, 20 février.

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