‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 141 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

journaux comme le Nouvelliste vaudois, tout n'élait-il pas de bonne guerre1?

Lorsque s'ouvre l'année 4846, la commission centrale a renoncé à toute espérance de voir le gouvernement actuel du canton de Vaud prêter les mains à une refonte des institutions ecclésiastiques. Il faudra donc qu'une église se forme dans des conditions nouvelles, quitte à ce que cette église entre plus tard, à un moment encore indéterminé, en relations avec Vétat, qui ne sera plus inspiré par les doctrines formulées aussitôt après le 14 février. C'est encore là une illusion. L'espérance d'un pareil rapprochement devra, elle aussi, être abandonnée. La seconde phase du travail qui s'accomplit sous nos yeux n'aboutira pas à ce résultat, mais elle fera faire un pas décisif à la question.

Des paroisses libres continuent à se former; les progrès sont silencieux mais réels. Avant que le premier mois de l'année ait achevé son cours, la plupart des démissionnaires ont des troupeaux prêts à se déclarer. C'est le cas surtout dans un bon nombre des villes des bords du lac et dans quelques localités de la Broie, du Gros de Vaud et du district d'Yverdon. Ces troupeaux sont moins considérables dans les villages de la Côte et dans les districts de Cossonay et d'Aigle. Dans quelques localités déjà, on a nommé un conseil de paroisse provisoire. Quelques pasteurs voudraient même proclamer, dès maintenant, Véglise nationale libre et non salariée par Vétat. La commission

1 Les dons venus de l'étranger étaient envoyés surtout par des compatriotes. Ainsi, à Berlin, c'était M. Ch. De la Harpe qui avait mis une grande obligeance à recueillir une somme d'environ 7000 fr. parmi les Suisses de cette capitale; en Hollande, M. le pasteur Sécretan, de la Haye, avait réuni près de 4000 fr. Au reste, les 12 000 fr. du roi de Prusse embarrassèrent les pasteurs plus qu'ils ne leur furent utiles, à cause même des insinuations malveillantes auxquelles ce don devait donner prise.

modère ces impatients et veut qu'on attende que cette église présente plus de solidité. Il ne faut pas oublier en effet que les pasteurs ont perdu leur crédit et leur autorité sur une grande partie du peuple, et qu'il faut les reconquérir à force d'amour et d'activité. Du reste, la commission encourage les pasteurs à former des paroisses provisoires, dans la prévision d'un synode et de la constitution d'une église presbytérienne, Et puis, toute possibilité ù'un lien avec Vétat n'est pas absolument abandonnée ; seulement, on n'acceptera point de demi- concessions et de vagues assurances de la part de ce dernier *.

On le voit, si le mouvement vers la liberté s'accentue, c'est encore lentement, bien lentement. Que faudra-t-il pour qu'il reçoive une impulsion plus forte, plus énergique? De nouvelles mesures intolérantes du pouvoir, ou de honteuses violences dans la rue? Tout cela, en effet, avec cette heureuse nécessité qui contraint ceux qui ont donné des gages à la vérité, à lui en donner plus encore et à aller jusqu'au bout, sous peine de faillir au devoir.

Dans sa circulaire du U décembre 1 8-45 aux préfets et aux municipalités, le conseil d'état disait : « Quant aux assemblées religieuses en dehors de l'église nationale et non autorisées par la loi, qui ont lieu aux oratoires ou dans d'autres bâtiments n'appartenant ni à l'état, ni aux communes, ni aux hameaux, aux confréries ou autres fractions de la commune, vous aurez soin que personne ne les trouble, et là où elles seraient menacées vous feriez tous vos efforts pour engager les citoyens à les respecter. » Quoi de plus catégorique, semble-t-il, que cette injonction du conseil d'état à ses lieutenants? Les réunions religieuses indépendantes ne devaient-elles pas se croire à l'abri

1 Sixième circulaire delà Commission, 21 janvier 1846.

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