‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 142 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de toute atteinte? Hélas non! Déjà l'art. 3 de l'arrêté du 2 décembre concernant l'oratoire de Lausanne était un commentaire anticipé du texte du 24 décembre. Et dans ce texte même, quelques lignes plus bas, le conseil d'état ne stigmatisait-il pas l'église soi-disant libre ou indépendante dont l'établissement» disait-il, était projeté par des démissionnaires, et qui n'aurait d'autre doctrine que ce méthodisme qui avait déjà « assez fait de mal au pays ?» En fallait-il davantage pour rendre absolument sans efficacité les protestations les plus officielles en faveur de la tolérance? Et puis, quiconque voulait avoir la vraie version de la pensée du gouvernement sur ces matières, n'avait qu'à la demander au journal semi-officiel. Dix jours à peine après la circulaire du 24 décembre, le Nouvelliste insérait, sous le titre de Clergé et démocratie, un long article dont l'idée fondamentale était que « nulle démocratie ne peut progresser et subsister à côté d'une institution cléricale quelconque.... Le peuple de l'église y étant souverain, après le maître, et l'adoption de l'église de la nation étant établie, il est logique et inévitable qu'étant souverain dedans, il le soit aussi au dehors. » Il est vrai que le Nouvelliste distinguait entre le clergé, comme institution funeste, et les ministres et la religion, comme élant dignes de respect; mais sa conclusion, au point de vue local, n'en était pas moins propre à exciter le peuple contre les démissionnaires. « Chez nous, c'est un mouvement clérical s'attachant plutôt aux formes de l'église et à sa direction, lié à l'aristocratie et dans un but caché de la faire triompher » Toujours donc celte tactique qui consistait à représenter le mouvement religieux comme une opposition politique se cachant sous des dehors hypocrites. Et c'est ainsi que, dans de nombreux articles, le Nouvelliste envenimait la situation par son fiel et ses insinuations malveillantes.

1 Nouvelliste vaudois, 18i6, N° 1, 2 janvier.

Cetle semence ne devait point tomber en vain dans un sol dès longtemps préparé à la recevoir. Ce n'est pas sans tristesse, on peut le croire, que nous voyons se dérouler sous nos yeux cette longue et lamentable série de violences populaires qu'un mot du gouvernement aurait fait cesser ; de mesures intolérantes du gouvernement lui-même et de dénis de justice des autorités de tous ordres. L'année 1845 avait été déjà singulièrement assombrie par des faits de cette nature; l'année suivante le fut plus encore, sans qu'on pût même prévoir le terme de ces odieuses brutalités.

Le dimanche 11 janvier, M. le ministre Paul Burnier, se fondant sur la circulaire du 24 décembre, était allé, de Morges où il résidait, faire une visite à quelques-uns de ses anciens paroissiens de Montricher. Là, dans la matinée, il avait présidé une réunion religieuse. L'après-midi, tandis qu'il se rendait, dans le même but, dans une maison foraine, les Devens, il fut assailli de pierres, poursuivi à coups de fusil, et contraint de s'échapper du côté de l'Isle où il alla se réfugier; faisant ainsi le même trajet, et dans des circonstances analogues, que le bienheureux Juvet vingt-deux ans auparavant. M. Burnier en écrivit au préfet de Cossonay, M. Mercier, en le priant d'avertir la municipalité de Montricher qu'elle eût à tenir compte des intentions manifestes du conseil d'état *. Mais le lieutenant du gouvernement fît si peu de cas de la plainte de M. Burnier, que, se trouvant lui-même, le dimanche 18 janvier, à Montricher, et apprenant qu'une réunion religieuse de 14 personnes venait d'être assaillie à coups de pierres et avec beaucoup de bruit chez le nommé Louis Gouffon, il fit venir ce dernier à la maison de commune et lui annonça qu'il était destitué de ses places de garde-forestier et de débitant de sel, pour cause de réunions religieuses chez lui. En passant par Pampigny, qui se

1 Courrier suisse, 1846, N° 5, 16 janvier.

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