‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 143 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

trouvait sur sa route pour retourner à Daillens, lieu de son domicile, M. le préfet autorisa de sa présence un charivari qu'on donnait à quelques chrétiens réunis, et déclara que la circulaire du 24 décembre était révoquée1. Naturellement, le Nouvelliste estima la destitution du sieur Gouffon plus que légitimée. <r En mettant son domicile à la disposition d'une assemblée hostile à l'église nationale, tenue par un démissionnaire, Gouffon a occasionné des désordres qu'il aurait évités s'il n'eût pas commis un acte de nature à irriter la population. Dès lors, conserver Gouffon dans ses fonctions, c'était prêter appui à ceux qui veulent la dissidence et le renversement de l'église nationale 2. » Quel chef-d'œuvre de dialectique et surtout de libéralisme! Que répondre à de pareilles énormités!

Tandis qu'un modeste employé de l'administration était brutalement assailli à Montricher par ses concitoyens, à l'autre extrémité du canton, à Montreux, voici ce qui arrivait, ce même dimanche 18, à un ancien président du grand conseil, ex-député à la diète, célèbre au loin comme publiciste et historien.

Le correspondant du Courrier suisse s'était plaint que, dans la contrée de Montreux, le culte présidé par les anciens pasteurs était singulièrement entravé et exposé à de nombreuses menaces. Aussitôt, la section de l'association patriotique est convoquée; cinq cents personnes se réunissent et protestent qu'aucun culte n'est gêné en aucune manière. On traite de calomniateurs ceux qui ont soutenu le contraire. Il y avait dans cette déclaration de quoi rassurer pleinement tous les amis de la libre manifestation des opinions; aussi les personnes demeurées

* Courrier suisse, 1846, N° 7, 23 janvier.

* Nouvelliste vaudois, 1846, N° 9, 30 janvier.

fidèles à leurs anciens pasteurs crurent-elles pouvoir se réunir paisiblement, sur la foi de la dernière circulaire du conseil d'état et des délibérations de l'association patriotique.

Dès qu'on sut que cette réunion devait avoir lieu, on forma le projet de l'empêcher. Dès la veille, le complot était arrêté. On se mit à la recherche d'une pompe à incendie. Celle appartenant à la commune du Châtelard ne put être obtenue. Dans celle dernière localité, il y avait eu, le dimanche précédent, une assemblée religieuse de cent vingt à cent cinquante personnes. Nous ne savons par quels moyens et sous quels prétextes on se procura la pompe de la commune des Planches.

Quoi qu'il en soit, dès les sept heures du matin, cette dernière pompe était amenée devant la maison où le culte devait avoir lieu. Un drapeau était déployé sur la place. Des enfants étaient postés aux abords pour avertir les pompiers de l'arrivée des personnes suspectes.

A dix heures, les fidèles arrivent. Deux jets de la pompe sont dirigés aussitôt contre chacun d'eux. Ni l'âge ni le sexe ne sont respectés. Des étrangers envoyés à Montreux pour rétablir leur santé, sont soumis à ce traitement barbare. A chaque ondée succède une salve d'applaudissements. Un employé delà police locale coopère à cette belle œuvre.

Le service devait être dirigé par M. le pasteur Monnard, qui n'avait embrassé la carrière pastorale que six mois auparavant en occupant, sur la demande de la commune, le poste de Montreux. M. Monnard fut, aussi bien que les autres, aspergé de la tête aux pieds. En vain le juge de paix, M. Vuichoud, vieillard de quatre-vingt-quatre ans, voulut-il arracher le piston des mains de celui qui le dirigeait contre le pasteur. Les représentations d'un député au grand conseil ne furent pas mieux écoutées. Quelques chefs de l'association patriotique passèrent sur le lieu de la scène; ils n'encouragèrent ni ne déconseillèrent rien. On fît chercher le syndic; il était absent. Le préfet

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