‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 145 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sur ces entrefaites, la session ordinaire d'automne du grand conseil, qui avait été ajournée jusqu'au 12 janvier 1846, avait repris son cours. Dans la séance du 17, le président du conseil d'état communiqua à l'assemblée l'état des choses quant à l'église nationale et à la repourvue des postes vacants dans cette église. Il devait y avoir deux consécrations extraordinaires de ministres, l'une en janvier ou février, l'autre quelques mois plus tard. Mais il importait de rassurer sur leur position future et définitive dans le clergé national vaudois, les candidats étrangers qui se présenteraient et les candidats indigènes qui ne rempliraient pas toutes les conditions exigées parla loi. En conséquence, le conseil d'état estimait qu'il fallait garantir par décret, aux nouveaux ministres, la conservation de leurs postes, ou leur nomination aux postes qui deviendraient vacants, « le tout d'après leur rang et conformément aux lois, décrets et règlements ecclésiastiques. »

Le 21 janvier, le projet de décret présenté par le conseil d'état, et qui avait été renvoyé à l'examen d'une commission dont M. Roche était le rapporteur, fut soumis aux délibérations du grand conseil. La commission nommée le 17 admettant que, dans les circonstances actuelles, une consécration extraordinaire était nécessaire, estimait justifiée la mesure à laquelle le conseil d'état se proposait de recourir. Seulement elle insistait pour que la commission de consécration entendît et examinât avec soin les candidats sur leur doctrine, « surtout ceux qui viendraient de l'étranger. » La discussion une fois ouverte, les orateurs qui se succédèrent refusèrent à l'envi leur approbation au décret projeté. MM. Pellis et Muret-Tallichet envisagèrent le décret comme un palliatif, un remède insuffisant à beaucoup de mal. Ils redoutaient beaucoup les pasteurs étrangers. MM. Détraz et Pidou parlèrent dans le même sens. Ainsi que

d'autres, ce dernier désirait une réorganisation véritable de l'église, sur des bases plus larges et plus libérales que celles de la loi de 1839. Il craignait également que les pasteurs appelés ou consacrés en vertu du décret ne demeurassent toujours l'objet d'une espèce de défiance.

Seul, M. Druey prit la défense du projet. Il se livra à de nouvelles récriminations contre les démissionnaires et les témoignages qu'ils recevaient des églises étrangères, de l'église libre d'Ecosse, en particulier. Il refit l'histoire des événements ecclésiastiques depuis 1839, mais un peu à sa façon, et en disant bien haut qu'à cette époque les pasteurs n'avaient pas voulu d'une démocratisation de l'église, ce qui, à la vérité, n'était que trop exact.

Gomme on devait s'y attendre, le projet de décret fut adopté, et le décret lui-même prit la date du 23 janvier, jour du second débat. Il n'y eut point alors de discussion.

Ce jour même, le grand conseil eut à s'occuper de la fameuse motion Cloux, dont nous avons donné le texte dans le précédent chapitre1. La commission, par l'organe de M. Magnenat, son rapporteur, exprima le regret qu'elle éprouvait de voir surgir cette motion dans le moment actuel. A ses yeux, le grand conseil n'était pas bien placé pour prendre une décision aussi grave. En réalité, la question soulevée par la motion du député de Ballens était celle-ci : « En présence de l'agitation où se trouve le canton par l'effet de la conduite des ministres démissionnaires, peut-on, sans de graves inconvénients, peut-on, sans froisser le sentiment de ce qui est dû à l'idée de l'harmonie qui doit exister entre l'état et les fonctionnaires, confier à ces pasteurs l'instruction de la jeunesse vaudoise? »

La commission s'était divisée en une majorité et en deux minorités. La majorité concluait à ce que la motion fût renvoyée au conseil d'état, pour qu'en vertu des pleins pouvoirs il prît telle détermination qu'il jugerait convenable au bien de Vinstruc-

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