CHAPITRE II
tion publique. La première minorité, estimant aussi les pleins pouvoirs suffisants, mais ne voyant aucun motif pour qu'un ministre démissionnaire ne pût fonctionner dans quelques branches de l'instruction publique, concluait qu'i7 n'y avait pas lieu de prendre la motion en considération. La seconde minorité, considérant l'état actuel du pays et la conduite des ministres démissionnaires, concluait à ce que la motion fût renvoyée au conseil d'état pour être prise en considération selon les événements qui pourraient se dérouler, et lorsqu'il s'agirait de reconstituer nos établissements d'instruction publique.
Un seul orateur prit la parole, paraît-il, et cet orateur, M. Cottier-Boys, que nos lecteurs ont vu, le 3 août, gravir l'escalier de la chaire des Croisettes, présenta au grand conseil les propositions les plus excentriques. La première était de fermer immédiatement les établissements d'instruction publique; il est vrai pour les r'ouvrir aussitôt, mais soigneusement épurés des élèves mal pensants. Ces propositions, avec celles des deux minorités, furent rejetées, et le grand conseil adopta la manière de voir de la majorité de la commission.
La motion Cloux ne provoqua aucune discussion; chacun semblait attendre, pour prendre la parole, qu'un autre député l'eût prise avant lui. La seule proposition acceptable aurait été la non-prise en considération, puisque les pleins pouvoirs n'avaient trait qu'à la célébration du culte, à l'instruction religieuse de la jeunesse et à la tenue des registres de l'état civil. Ils ne pouvaient donc pas s'appliquer à l'exclusion des ministres de la carrière de l'enseignement public.
La séance du 23 janvier fut encore remplie par la lecture et la discussion d'une pétition d' Yvonand, couverte de cent soixantedix signatures d'hommes et de quatre-vingts de femmes, de-
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mandant la révision de la loi ecclésiastique. Les pétitionnaires estimaient que l'église était en état de souffrance, que les services religieux ne pouvaient suffire aux besoins des populations, que les pauvres étaient abandonnés, que l'instruction religieuse était négligée. Ils croyaient que la révision de la loi ecclésiastique remédierait à ce mal, en procurant la rentrée d'un grand nombre de pasteurs.
La commission, par l'organe de M. Fomerod, trouvait beaucoup trop sombre le tableau que les pétitionnaires traçaient de l'état du pays. Le moyen proposé par eux pour remédier au mal n'était point admissible. L'état n'avait pas à capituler avec ceux qui avaient méconnu ses appels. La commission concluait donc à la non-prise en considération.
M. le pasteur De la Harpe prit la défense des pétitionnaires, ses anciens paroissiens et ses électeurs, mais sa voix se fit seule entendre dans ce sens. M. Blanchenay, conseiller d'étal, prit deux fois la parole pour donner quelques-uns de ces coups d'assommoir dont il avait le monopole. Mais toute son argumentation revenait à ceci : « Point de satisfaction à MM. les pasteurs démissionnaires! » Cependant, au milieu de beaucoup de sottises, il eut un mot juste sur l'opposition que les pasteurs avaient faite dans le temps à une constitution plus démocratique de l'église. A son tour, M. Druey réédita pour la vingtième fois ses théories bien connues sur l'union de l'église et de l'état, impliquant la subordination de la première au second. A la votation, deux ou trois membres seulement appuyèrent la pétition d'Yvonand.
Cette session du grand conseil devait être riche en discussions ecclésiastiques.
Le 30 janvier, l'ordre du jour appelait la lecture du rapport de .M. Anelk sur le mémoire adressé, le 26 mai 1845, au grand conseil, par deux cent sept pasteurs, mémoire dont nous avons à celte date entretenu nos lecteurs.