CHAPITRE II
naires; puis, parce que la commission elle-même ne pouvait laisser passer un plus long temps sans donner signe de vie à notre peuple qui pensait les ministres écrasés sous le poids des accusations que les gens du gouvernement, ses journaux et ses circulaires portaient contre eux; enfin, parce qu'il fallait marquer par un jalon le chemin parcouru, et préparer les esprits aux événements que l'avenir réservait, et qui ne devaient pas tomber comme un coup de foudre au milieu d'une population timide et craintive comme l'était la nôtre 4.
Dans leur lettre pastorale, les démissionnaires, après avoir rappelé le douloureux sacrifice qu'ils avaient fait le 12 novembre pour « maintenir l'indépendance de leur saint ministère et pour rester les serviteurs de Jésus-Christ, » réitéraient la déclaration qu'ils avaient faite antérieurement sur leur ardent désir de continuer, au sein de leurs paroisses, un ministère qu'ils n'avaient jamais songé à abandonner. Mais on les avait « chassés de partout, » on avait prétendu leur « ôter le caractère de ministres de l'église nationale et même de ministres de Jésus- Christ, » on leur avait « interdit les chaires. » Ce n'est pas eux qui avaient quitté volontairement le culte public dans les temples, mais on les en avait exclus, « d'abord en altérant la doctrine sur l'église et en niant leur ministère, puis en insinuant aux communes l'ordre de ne les laisser prêcher nulle part dans les bâtiments publics des paroisses. » Maintenant, au lieu des garanties demandées, on appelait des étrangers à desservir les postes vacants. Les pasteurs avaient déclaré que leur séparation, « non de l'église, mais de l'état, » n'était que momentanée. Dès lors, ils n'ont point agi en cachette. Leur sacrifice ne leur ayant été inspiré ni par la politique, ni par un caprice frivole, ni par un mouvement d'amour-propre, mais par une foi réelle et une conscience profondément convaincue, le jour vien-
1 Sixième circulaire de la Commission, 21 janvier 1846.
dra sans doute où leurs paroissiens les comprendront. On les a accusés d'avoir été entraînés par le désir de séparer l'église de l'état. Nullement! Dans ce cas, ils auraient proclamé immédiatement Yéglise vaudoise libre, et ils auraient eu de nombreux adhérents; mais telle n'était pas leur intention, et pendant plus de deux mois ils ont attendu, « dans l'espoir que le gouvernement, dans sa sagesse, rendrait à l'église sa doctrine et sa liberté, et qu'il abdiquerait le pouvoir absolu qu'il s'était attribué, pour remettre à Jésus-Christ et à l'église le culte tout entier et l'autorité en matière spirituelle. »
An lieu de cela, qu'était devenue l'église officielle? La doctrine évangélique sur l'église et sur le ministère chrétien avait été dans son sein, et était restée gravement altérée. « L'église n'est pas à Jésus-Christ, disaient les démissionnaires, Mais au conseil d'état qui s'en est déclaré le souverain chef; la chaire de Jésus-Christ est la propriété du conseil d'état, qui peut y faire annoncer, quand il voudra, ce qu'il voudra, par qui il voudra ; le culte chrétien peut être modifié et transformé au gré du pouvoir civil; le caractère sacré du ministre de l'Evangile n'émane plus du Seigneur, pour l'œuvre du Seigneur, mais du conseil d'état, pour V œuvre du conseil d'état. » Serait-ce encore là l'église de Jésus-Christ? Et l'église officielle ne se transforme-t-elle pas en « secte, en une secte étrange et bizarre? » Ah ! si l'on avait abandonné ces funestes doctrines, les démissionnaires seraient « rentrés avec joie; » ils ont attendu « ce beau jour » jusqu'à maintenant. Mais on ne leur a rien accordé, ni garanties, ni liberté!
Toutefois les démissionnaires ne pouvaient ni ne voulaient laisser en souffrance ceux de leurs paroissiens qui ne participaient plus au culte officiel. Une fois l'impossibilité d'une réunion avec l'état bien constatée, ils reconstruiront alors, « librement et sans le concours de l'état, l'église que leur ont léguée nos réformateurs. » — « Cette église, disent-ils, si nous devons