CHAPITRE II
marche qu'il s'élait tracée, les classes, après une assez vive discussion, persistèrent, elles aussi, à soutenir leurs propositions *.
Sauf quelques détails de rédaction, les adresses fraternelles envoyées par les classes aux pasteurs et ministres démissionnaires étaient identiques pour le fond. La manière dont les classes de Lausanne et d'Yverdon, en particulier, s'exprimaient, était pleine de convenance. Elles évitaient avec soin toute récrimination et s'abstenaient d'employer aucune expression propre à faire de la peine aux démissionnaires. La lettre de la classe de Payerne, plus étendue que les autres, était également empreinte d'un sentiment de fraternité chrétienne. La lettre de la classe de Morges avait, en revanche, quelque chose de sec et d'irrité qui se trahissait tout spécialement dans ce paragraphe relatif à l'adresse des démissionnaires à leurs paroissiens :
« Nous n'aurions pas le courage de vous écrire si nous pouvions, un seul instant, penser que les graves inculpations que renferme votre dernière adresse à vos anciens paroissiens, et que vous faites peser sur nous et sur l'église que nous desservons, fussent l'expression réelle des convictions de chacun de vous. Mais non; votre affection fraternelle, votre attachement à l'église nationale, le souvenir du ministère honorable que vous y avez exercé, les bénédictions que Dieu a accordées à ce ministère, tout nous persuade que la plupart de nos frères démissionnaires ont désavoué en tout ou en partie cette publication. » La classe de Payerne relevait également quelques-unes des assertions de l'adresse des démissionnaires, mais pour se retrancher derrière les contre-déclarations de la réponse du conseil d'état.
1 Actes des classes, 1846, 11 février; Y Avenir, 1846, N° 3, 21 février.
Il est du reste facile de résumer en quelques mots les circulaires des quatre classes. Revenez à nous, disent-elles à Penvi, reprenez vos places vides; passez par-dessus quelques froissements d'amour- propre; faites quelques concessions. Notre église n'est pas tout ce qu'on pourrait désirer qu'elle fût, mais elle est encore supérieure à bien d'autres; elle a conservé la saine doctrine, et nous avons pleine liberté de prêcher l'Evangile. Quelle responsabilité ne serait pas la vôtre si, par des consécrations hâtives ou l'arrivée de ministres étrangers, l'église nationale venait à déchoir encore davantage? Après tout, le gouvernement n'est pas notre ennemi; on s'est mépris sur ses intentions; on a mal comprisses paroles. Tout peut encore se réparer. Revenez 1
Il n'était que trop facile de répondre à de si pauvres arguments. Comment les démissionnaires seraient-ils rentrés sans avoir obtenu aucune des garanties qu'ils avaient demandées? Le conseil d'état n'était-il pas décidé à ne pas reculer et à continuer à tenir l'église sous sa dépendance absolue? Les démissionnaires pouvaient dire : « Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions il y a quatre mois; il n'est rien survenu dès lors qui soit de nature à dissiper les inquiétudes que nous avions à cette époque et que plusieurs des membres actuels des classes partageaient, puisqu'ils avaient donné leur démission avec nous. Au contraire, le mal s'aggrave de jour en jour. La liberté dans l'église du gouvernement est perdue; la liberté au dehors est opprimée; nous sommes désolés de le dire, on nous persécute dans l'intérêt de l'église que vous servez, chers frères; le gouvernement civil se déclare évêque et agit comme tel, il maintient tous ses actes précédents, qui ont forcé notre sortie; comment donc est-il possible que vous nous demandiez de rentrer1? »
* L'Avenir, 1846, N° 4, 4 mars.