‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 152 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La cause pour laquelle cent quatre-vingt-dix pasteurs et ministres s'étaient levés au 12 novembre 1845, et à laquelle cent cinquante étaient demeurés fidèles, n'était nullement une cause d'un intérêt local et momentané. Ce serait faire preuve de bien peu de discernement et d'une grande légèreté d'esprit que de la ravaler aux mesquines proportions d'une simple querelle entre un clergé et un gouvernement. Il y avait là bien plus qu'une de ces tempêtes dans un verre d'eau, dont Voltaire se raillait si volontiers en parlant des révolutions genevoises. La cause qui se plaidait au canton de Vaud intéressait le monde chrétien tout entier, et on le vit bien lorsqu'aux premiers bruits de la lutte déjà, au lendemain de la démission, on vit arriver à Lausanne les lettres, et même les délégués de quelques-unes des églises évangéliques les plus vivantes et les plus nombreuses. Bientôt, de tous les pays de l'Europe, et d'autres parties du monde, les défenseurs de la liberté religieuse dans le canton de Vaud reçoivent des témoignages non équivoques de sympathie, des félicitations et des encouragements. Les ecclésiastiques et les fidèles d'un grand nombre d'églises protestantes répandues en diverses contrées signent à l'envi des adresses qui apportent quelque consolation aux ministres démissionnaires et raffermissent leur courage, en leur donnantde plusen plus la conviction qu'ils souffrent pour la cause de leur divin Maître.

A Edimbourg, à Glascow et dans d'autres parties de l'Ecosse, les citoyens les plus honorables convoquent des meetings très fréquentés, pour s'entendre sur les mesures qu'il y aurait à prendre en face d'une persécution si honteuse en plein dix-neuvième siècle, et si cruelle pour les intérêts de l'Evangile. Militaires, jurisconsultes, pasteurs, professeurs, toutes les classes de la société qui composent ces assemblées populaires, sont

d'accord pour venir en aide à leurs frères en détresse et pour présenter un mémoire au gouvernement britannique, afin qu'il use du droit de remontrance amicale que possèdent les gouvernements appuyés sur la liberté, à l'égard des gouvernements qui désertent, sous quelque prétexte que ce soit, la cause sacrée du progrès, la cause des droits inaliénables de la civilisation1.

L'église libre d'Ecosse, cette église vraiment démocratique, si bien faite pour comprendre l'aspiration nouvelle de tous les cultes chrétiens vers la liberté, avait été des premières à manifester ses sentiments. Le 19 novembre, la commission de l'assemblée générale de cette église étant réunie à Edimbourg et ayant appris, par des communications venues de Suisse, les faits du 12 novembre, exprima sa plus vive sympathie pour les frères du canton de Vaud, auxquels le modérateur devait adresser une lettre que le révérend André Gray, de Perth, se chargeait de porter lui-même à sa destination. Vers le milieu de décembre, on vit en effet M. Gray arriver à Lausanne, accompagné d'un étudiant d'Edimbourg, M. Watson, spécialement délégué auprès des étudiants en théologie qui avaient adhéré à la démarche des démissionnaires. « Le jeune Ecossais, d'un extérieur doux, humble, mais d'une physionomie éveillée et spirituelle, intéressa vivement les étudiants lausannois par les nombreux détails qu'il leur donna sur sa patrie. M. Gray, figure essentiellement écossaise, peau blanche, crâne blanc, face large, où le sérieux et le rire franc se succédaient tout naturellement, heureux de la mission qui lui avait été confiée, mit les démissionnaires en garde contre le danger que, pour complaire à l'opinion retardataire, on ne laissât, après avoir rompu avec l'ancienne institution, pénétrer des principes délétères dans l'organisation nouvelle2. »

1 C.-F. Girard, Lettres sur la crise religieuse du canton de Vaud, pag. 116. Le journal l'Avenir a donné le récit du meeting tenu à Glascow le 13 décembre. (N° 2, i février.)

2 Journal privé d'uu étudiant en théologie de l'Académie de Lausanne.

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