CHAPITRE II
La lettre apportée à Lausanne par M. Gray, avait été précédée d'une autre lettre du président du comité de l'assemblée générale de l'église libre d'Ecosse, au doyen C. Dapples : « Il me serait impossible, disait le révérend John Lorimer, de vous rendre la joie qu'a causée, en Ecosse, la nouvelle de votre séparation de l'église de l'état. » De Dalkeith, d'Aberdeen, de Beggar, de Peebles, de Cupar, de Fordyce, arrivaient de semblables adresses. Et non seulement l'église libre écossaise, mais les presbytériens encore unis à l'état, et un grand nombre d'ecclésiastiques de l'église presbytérienne d'Angleterre, prirent part à ces manifestations. De l'Allemagne, il vint des lettres de sympathie des congrégations réformées de Francfort s/Mein, de Kœnigsberg, de Dantzig, de Wollin, de diverses parties de la Saxe, du grand-duché de Bade et de plusieurs diocèses du Wurtemberg.
En France, les églises évangéliques de la confession d'Augsbourg à Colmar et à Mulhouse, un grand nombre de réformés de la Gironde, de la Dordogne et de l'Ariège, le consistoire de l'église réformée de Saint-Quentin, les prolestants de Marseille, des pasteurs de Paris et la conférence pastorale composée des pasteurs et des anciens, firent successivement entendre des paroles d'encouragement.
Le célèbre docteur et publicisle religieux Capadose, de La Haye, et d'autres, parlèrent au nom des protestants hollandais, si gênés d'ailleurs dans la manifestation de leurs sentiments de liberté par leur gouvernement soupçonneux et tracassier.
La Belgique elle-même où le protestantisme essayait, à l'abri d'institutions généralement impartiales en matière de liberté des cultes, de faire prévaloir le système des églises de libre adhésion, la Belgique envoya également des lettres d'encouragement et des offres de secours aux pasteurs vaudois. Les protestants de cette terre catholique parlèrent surtout de l'asile qu'ils pourraient donner à leurs frères de la Suisse, s'il arri-
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vait qu'ils fussent obligés de recourir à l'exil. Quelle honte pour le canton de Vaud, protestant et républicain, que cette lettre des protestants belges offrant un refuge paisible à leurs frères, dans un pays catholique et monarchique !
Des églises et des pasteurs des divers cantons de la Suisse prirent part à ce mouvement. De Genève, une fort belle lettre, portant la signature de L. Gaussen, vint attester la vive sympathie de la société évangélique. A côté de ce témoignage si chaleureux, la lettre du modérateur de l'église nationale parut bien pâle et bien froide. Ce fut sans doute pour atténuer devance, autant qu'il était en lui, l'impression pénible que pouvaient produire des phrases comme celle-ci : Nous ne pouvons juger les positions et les devoirs « à la distance où nous sommes placés 1 » que l'auteur de la lettre officielle, M. le professeur Cellérier, écrivait à un de ses amis à Lausanne :
Dites à ceux que vous verrez (des pasteurs démissionnaires), et qui me connaissent, que je les félicite et les admire; que, dans mon opinion, ils ont sauvé le ministère et la religion; qu'ils ont honoré l'église vaudoise et réduit au silence les moqueurs, en prouvant leur foi par leur sacrifice.
...Vos pasteurs n'ont fait qu'obéir à la voix du Maître; s'ils eussent agi autrement, ils perdaient la religion, et s'il résultait quelque mal de ce qu'ils ont fait, ce n'est pas à eux qu'il faudrait l'imputer. Cet événement a fait grande sensation parmi nous et généralement excité une grande approbation, quoique peu de gens comprennent les véritables circonstances de votre église et de votre pays. Notre clergé sympathise généralement avec le vôtre, quoique sa position soit si différente qu'il ne peut se mettre bien à votre place. Nous sommes si heureux dans nos rapports avec l'état; nous avons une telle peur de la séparation, que nous avons, par exemple, universellement blâmé l'église d'Ecosse et que cela diminuera nécessairement chez quelques-uns la sympathie pour la démarche de votre clergé. Ceux d'entre nous qui tendent au radicalisme et à l'intolérance s'affligent de ce que vos ministres ont fait, mais le grand nombre sympathise entièrement avec eux et tous estiment leur caractère et louent leurs sacrifices '.
1 Lettre à M. J. G. à Lausanne, 16 novembre 1845.