CHAPITRE H
Quelques autres pasteurs évangéliques de l'église nationale de Genève adressèrent une lettre très fraternelle aux pasteurs démissionnaires. Des pasteurs et des laïques des montagnes de Neuchâlel, le conseil de l'église évangélique du canton des Grisons, M. le pasteur Baggesen, de Berne, cent soixante et onze pasteurs et ministres et cent quatre-vingt-quatorze laïques du canton de Zurich, soixante-sept pasteurs et laïques du canton de Schaffhouse, joignirent leurs voix à celles de leurs frères de l'étranger. Mais la manifestation la plus étonnante fut, à coup sûr, celle de quatre cent trois pasteurs de l'église anglicane, dans tous les comtés de l'Angleterre et de l'Irlande. « Nous avons vu, disaient les signataires, avec une profonde douleur les empiétements clu pouvoir séculier sur votre liberté chrétienne,... mais nous avons été consolés en contemplant ce que la puissance de l'Evangile a opéré parmi vous, et en voyant qu'il existe encore dans le canton protestant de Vaud une noble armée de confesseurs prêts à tout souffrir pour la justice1. »
Ces témoignages de fraternité chrétienne continuèrent, à peu près pendant toute l'année 1846, à être donnés à la cause défendue par les démissionnaires. Il en vint un peu de partout et même des Indes orientales 2.
Il semble que le gouvernement vaudois se soit un instant ému de ces témoignages de sympathie provoqués par la situa-
* Sur le désir formellement exprimé par les quatre cent trois signataires, leur lettre fut imprimée à part et livrée à la publicité comme un document d'autant plus précieux, qsie l'église anglicane a toujours été extrêmement sobre de pareilles manifestations. (Lausanne, 14 pag. grand in-8.)
- Les cinquante et une premières adresses furent réimprimées sous le titre de Lettres adressées aux pasteurs et ministres démissionnaires, en un volume de lil pag. in-8. (Lausanne 1846.) Les suivantes parurent, en tout ou en partie, dans Y Avenir de 1846.
lion impossible faite au ministère de l'Evangile dans le canton de Vaud, et qu'il ait voulu dérouter l'opinion publique qui se prononçait contre lui de tant de côtés divers. Mais, au lieu de faire des concessions à la liberté, seul moyen de changer l'opinion, il chercha à concilier son système avec le désir de reconquérir une réputation de libéralisme qu'il ne possédait plus. Dans ce but, tout en faisant fermer les oratoires et en encourageant de son silence les désordres, il adressa, sous date du 14 janvier, ]es principales pièces officielles concernant le conflit qui s'était élevé entre lui et les pasteurs, aux représentants des diverses puissances étrangères auprès de la confédération suisse et à un assez grand nombre d hommes compétents de l'Europe et même de l'Amérique.
Cette mesure, décrétée et effectuée sous le sceau du secret, ne fut connue dans le canton de Vaud que par les journaux de la Suisse allemande, lorsque les chargés d'affaires des puissances en eurent reçu communication. Elle souleva immédiatement au sein du libéralisme deux classes d'opposants. Les uns y virent une provocation directe, quoique involontaire peut-être, à l'intervention étrangère dans les affaires intérieures de la Suisse; et, bien que cette intervention ne pût qu'être moralement favorable à la cause de la liberté religieuse, ils prolestèrent contre une telle conséquence, attentatoire à l'indépendance nationale. Les autres, convaincus que par l'envoi des principales et non de toutes les pièces du procès, le conseil d'état n'avait réuni que ce qui pouvait colorer favorablement sa conduite, déclarèrent ce procédé aussi déloyal qu'il était impolitique, mais ils exprimèrent l'espoir que l'Europe ne prendrait pas le change aussi facilement qu'une partie du peuple vaudois. Leur espoir ne devait pas être trompé.
L'envoi des pièces était accompagné d'une dépêche du conseil d'état qu'il importe de reproduire ici, en y soulignant deux passages :