‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 155 sur 269 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le différend survenu entre le gouvernement et une partie du clergé de l'église nationale évangélique réformée du canton de Vaud ayant fixé l'attention générale et donné lieu à des jugements fort erronés, nous prenons la liberté de vous adresser quelques exemplaires des principales pièces officielles relatives à cette affaire. Peut-être trouverez-vous convenable de les transmettre à votre haut gouvernement afin qu'elles puissent être placées sous les yeux des hommes compétents qui voudront s'en occuper. Il ne vous aura pas échappé que la question se lie à d'autres semblables en Europe et dans le monde chrétien. Du reste, on peut facilement distinguer, dans les pièces que nous vous envoyons, ce qui a un caractère général, de ce qui est particulier à notre législation et à notre position.

M. Morier, ministre d'Angleterre en Suisse, fut immédiatement frappé de l'insuffisance des documents qu'on le chargeait de faire parvenir au cabinet de Saint-James, et, dans une lettre du 19 janvier adressée au conseil d'état, il demanda que, pour compléter la série de ces documents, on lui transmît les pièces auxquelles il était référé dans le jugement du conseil d'état du 3 novembre, mais qui ne se trouvaient pas dans le dossier, savoir : le jugement de la classe de Lausanne du 23 octobre, et les lettres et autres écrits des pasteurs et des suffragants qui avaient pour but de justifier leur conduite.

Le conseil d'état, qui se trouvait, pour ainsi dire, pris en flagrant délit d'avoir voulu faire juger, sur quelques pièces seulement, une question qu'il regardait lui-même comme très importante, ne pouvait se dispenser d'obtempérer à la demande de M. Morier. Il chercha à s'excuser de n'avoir transmis d'abord que les pièces de son dossier, en alléguant « qu'il aurait été fastidieux d'envoyer toutes les pièces qui avaient paru à ce sujet; » que cela aurait d'ailleurs été « trop volumineux et étranger au but qu'il s'était proposé de faire connaître l'esprit dont il avait été animé dans toute cette affaire. » Sentant bien alors que le jugement impartial de ceux qui connaîtraient de toute l'affaire ne ratifierait probablement pas les excès, légaux si l'on veut, mais les excès où le gouvernement vaudois s'était laissé

entraîner, le conseil d'état ajoutait que l'envoi des pièces qu'il avait fait « n'avait pas eu pour but de provoquer une intervention, des conseils ou un jugement des gouvernements étrangers, mais seulement de les mettre en mesure de se faire une idée juste de l'état des choses sur lequel un grand nombre de publications avaient cherché à induire en erreur. »

Ce qu'il y a de curieux, comme coïncidence, c'est que le 13 janvier, c'est-à-dire la veille même de l'expédition des documents, le ministre des affaires étrangères, lord Aberdeen, adressait de son côté à M. Morier une lettre, dans laquelle il rappelait que des Anglais de différentes confessions évangéliques avaient demandé au gouvernement britannique d'employer son influence auprès des autorités du canton de Vaud, en faveur des ministres qui avaient renoncé au culte national pour des motifs de conscience. Le ministre exprimait le regret de n'être pas compétent pour intervenir dans l'administration intérieure d'un état indépendant, mais il ajoutait : « Je n'hésite pas à vous autoriser d'exprimer, là où vous penserez que cette connaissance puisse être utile, les sentiments de profond regret avec lesquels le gouvernement de sa majesté a reçu votre rapport sur les procédés auxquels j'ai fait allusion ci-dessus, aussi bien que sa conviction que la persévérance dans une telle voie doit tôt ou lard engager le canton et même la confédération suisse clans de nouveaux troubles, et empêcher matériellement un arrangement des différends existant antérieurement, que le gouvernement de sa majesté a déjà eu l'occasion de déplorer. »

Il y avait certes à attacher quelque importance à l'opinion spontanément exprimée d'une puissante nation, qui met généralement une grande attention à l'examen des faits, et un grand sentiment de justice et d'équité dans les jugements qu'elle en porte, toutes les fois, du moins, que ses intérêts particuliers n'y sont pas trop directement en jeu.

En date du 30 janvier, lord Aberdeen expédiait à M. Morier

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