CHAPITRE II
des obligations qui lui sont propres. L'étendue du pouvoir du gouvernement, en matière ecclésiastique, varie donc suivant les institutions, les antécédents et la lutte plus ou moins heureuse que le gouvernement a soutenue contre les empiétements de la cour de Rome ou les envahissements du clergé protestant dans certains pays.
La dépêche du conseil d'état contenait encore ce passage :
Dans le canton de Vaud, comme dans toute république démocratique, lorsque l'intérêt du plus grand nombre, qui est l'intérêt général, se trouve en opposition avec l'intérêt particulier de quelques-uns, c'est ce dernier qui doit fléchir devant l'autre; les droits et les libertés des individus étant, dans les états vraiment chrétiens et civilisés, subordonnés à la liberté et aux droits de la société prise dans son ensemble.
Tous ces raisonnements ne menaient, au fond, qu'à prétendre que le canton de Vaud n'était pas fait pour la liberté religieuse; que sa situation exigeait qu'on restreignît plus que jamais cette liberté, et qu'il était bon, dans une république démocratique, qu'on décidât les questions de conscience à la majorité des voix. Il était rare de rencontrer, de nos jours, de pareils raisonnements mis au service des passions politiques, mais le président du conseil d'état du canton de Vaud s'en était depuis longtemps réservé le monopole. Il en fut, du reste, pour ses sophismes, et cela vis-à-vis de la Prusse aussi bien que vis-à-vis de l'Angleterre. La visite que le comte de Willich et de Lottum, ministre de Prusse auprès de la Confédération, fit, à celte même époque, à M. Druey, est restée célèbre. M. Druey publia dans les journaux un long récit de cette visite; on en devait conclure que le président du conseil d'état seul avait parlé, tandis que l'envoyé prussien aurait gardé un silence obstiné. Il faut le croire; mais pourquoi cette visite, si l'entrevue se passa de la sorte? Quoi qu'il en soit, il est remarquable que, malgré les éloquents plaidoyers de M. Druey, le déplaisir du roi de Prusse
contre les pasteurs démissionnaires se soit manifesté précisément par ce don de 12 000 fr. dont nous avons déjà parlé1.
« Beaucoup trop de personnes, même parmi les chrétiens, » se conduisent parleurs espérances. » C'est sur le terrain peu élevé, peu sûr de la supputation des probabilités que plusieurs hommes, d'ailleurs sérieux, transportent et s'obstinent à retenir la question de la dissolution ou du maintien des rapports entre l'église et l'état. Ils ne se conduisent pas, en cette affaire, par leur courage, parce qu'ils n'ont pas de foi, nous voulons dire de principes, ni par leur foi, parce qu'ils se refusent, par habitude bien plus que par réflexion, à faire de cette question une question de foi 2. »
Aucune parole ne saurait, mieux que celle que nous venons de citer, peindre le véritable état des esprits, parmi les démissionnaires, au moment de notre histoire auquel nous sommes parvenus. Les espérances font place à d'autres espérances qui, à leur tour, s'évanouissent bientôt; les illusions qui tombent enfantent de nouvelles illusions destinées à tomber elles-mêmes bientôt. On hésite, on tâtonne, on se détache avec peine d'un état de choses dont, au fond, on ne veut pourtant plus du tout. Les principes générateurs d'une situation absolument nouvelle et conforme à la vérité en matière d'église, ces principes se développent, mais avec des intermittences et des arrêts qui rap-
1 Conf. sur toute cette affaire : Girard, Lettres sur la crise religieuse, pag. 117-120; L.Jottrand, De la question religieuse, pag. 123-136 ; Courrier suisse, 1846, N08 14, 16 ; 17 et 24 février; Nouvelliste vaudois, 1846, N°« 10, 15, 16; 3, 20, 24 février; Vlndcpendant,N°s 40, 42, 43; 7. 21, 28 février; l'Avenir, W 5, 18 mars; Archives du christianisme, 1846, N° 7, 11 avril.
8 Le Semeur, 1846, N° 4, 28 janvier, et Vinet. Liberté religieuse, pag. 547. (Un mot à la sécession vaudoise.)