CHAPITRE II
pellent ce qui se passe dans la nature au printemps. Il faudra cependant bien qu'un jour la force des choses, la logique des faits triomphe des hésitations fâcheuses de ceux-là mêmes que leur position à la tête de l'église semblerait devoir engager à se porter résolument en avant. Mais, dans tout ce travail de formation, le caractère vaudois se retrouve à un haut degré. Peut-être était-il dans la volonté de Dieu qu'il en fût ainsi, et que les situations ne fussent pas enlevées d'assaut.
Durant tout le cours de la phase que nous étudions, le rôle de la commission nommée le 12 novembre est encore un rôle de pondération, d'équilibre entre les diverses tendances qui se font jour. Elle continue à encourager la formation de paroisses provisoires, et ces encouragements ne tombent point dans le vide, si nous en croyons des confidences comme celle-ci : « Le Seigneur ne nous laisse pas sans témoignage de sa grande bonté envers nous, au milieu de toutes nos épreuves. Notre ministère est béni ; sans doute une grande opposition et une vive irritation régnent encore contre nous dans notre population des campagnes; ils ont accepté avec une incroyable crédulité les mensonges les plus absurdes que leur a débités notre gouvernement. Toutefois l'œuvre s'avance; l'église du Seigneur s'édifie libre, indépendante; elle commence à avoir conscience d'ellemême; nos cultes deviennent toujours plus nombreux; la persécution fait peur à un grand nombre, mais n'ébranle cependant pas les vrais enfants de Dieu. A Lausanne, Vevey, Echallens, Montreux, Morges, Rolle, Nyon, Sainte-Croix, Yverdon, Bottens, Pomy, etc., nous avons de véritables paroisses.... Nous sommes dans cette admirable position, de n'avoir rien à attendre que du Seigneur *. »
Ainsi, malgré les obstacles intérieurs et extérieurs, on s'achemine vers un avenir, qui ne saurait être bien éloigné, où
1 Lettre de Lausanne du 17 février 1846. (Archives du christianisme, N°7, 11 avril.)
ce qui n'est encore qu'à l'état de germe deviendra un corps vivant. A la date du 2 mars, le bureau de la commission centrale des pasteurs démissionnaires s'adresse à ces derniers, par l'organe de M. S. Chappuis, son président, et leur demande de lui fournir les renseignements nécessaires pour coordonner l'œuvre et l'activité, afin d'atteindre le but poursuivi en commun. Le 14 et le 15 avril suivants, aux séances de la commission, se rencontrent des délégués des conférences de districts, et la discussion, qui est très animée, porte sur des points d'une importance capitale. On y insiste sur la nécessité de hâter la formation des paroisses et sur les moyens de les lier entre elles dune manière plus étroite, quoique cependant en laissant le lien assez lâche pour que les paroisses puissent librement opérer leur premier développement.
La commission proposait aux paroisses déjà existantes une espèce d'organisation volante et provisoire, à discuter dans les conférences et à mettre à exécution jusqu'à des temps meilleurs. C'était au fond l'expression de ce qui existait déjà :
Art. 1. Les pasteurs et ministres démissionnaires provoqueront, partout où ils pourront réunir autour d'eux des troupeaux, l'élection d'anciens ou de conseils de paroisse.
Art. 2. Les conseils de paroisse en entier, ou par délégation, font partie des conférences.
Art. 3. Les conférences forment par délégations composées, autant que possible, de laïques et d'ecclésiastiques en nombre égal, une commission centrale.
Art. 4. La commission centrale nomme un bureau qui prépare ses travaux et exécute ses décisions.
Art. 5. La commission centrale, à la demande du tiers de ses membres présents, soumet ses décisions aux conférences, sauf les cas d'urgence *.
1 Dixième circulaire de la Commission, etc., 30 avril.
C'est déjà dans le courant de février que la paroisse de Lausanne se donna une organisation régulière et complète selon l'esprit des prescriptions indiquées ci-dessus, prescriptions qui ne devaient être proposées que plus tard aux paroisses en formation. Voici ce que nous lisons dans le préambule du document manuscrit authentique qui constate la constitution de cette paroisse. Ce sont des principes généraux :
Les fidèles qui ont approuvé la conduite de leurs anciens pasteurs dans la lutte qu'ils ont dû soutenir pour la liberté du saint ministère, et qui désirent continuer à recevoir leurs soins spirituels, sentant le besoin de s'unir plus intimement entre eux, ont résolu de se constituer en une paroisse indépendante de l'état, administrée par une commission paroissiale.
La paroisse libre de Lausanne ne formera point une congrégation ou église distincte, mais elle se ralliera en église synodale à toutes les autres paroisses qui se sont formées et qui se formeront dans le canton, autour des anciens pasteurs, actuellement démissionnaires.
Les principes fondamentaux soumis aux diverses paroisses relativevement à l'organisation d'une église vaudoise, non salariée par l'état, sont les suivants :
1° L'église évangélique indépendante est une église de multitude, c'est-à-dire, se compose de toutes les personnes domiciliées dans le canton qui appartiennent à la communion évangélique réformée, par le fait de leur baptême et de leur admission à la sainte cène, et qui déclarent vouloir en faire partie. Toutefois, la confirmation du baptême dans cette église dispense de toute autre déclaration.
2° L'église se fonde sur la Parole de Dieu, selon les principes de la réformation. Le synode examinera dans une de ses premières séances s'il convient d'adopter une règle d'enseignement.
3° La liturgie des églises du canton de Vaud est adoptée comme livre en usage dans le culte public.
4° L'église a une existence qui lui est propre; elle est gouvernée par
des corps nommés par elle dans son sein. Il est pourvu aux frais du culte par les dons volontaires des fidèles.
5° L'église ne pourra s'unir à l'état qu'à des conditions qui lui laissent toute sa liberté en matière spirituelle.
Nos lecteurs auront remarqué le caractère nettement presbytérien que les principes ci-dessus assignaient à la future église indépendante du canton de Vaud. Dès l'origine, en effet, on se prononce contre le système congrégalionaliste, et si des paroisses se forment d'abord un peu partout sur le pied de congrégations distinctes, ce n'est là qu'une nécessité de transition et le principe presbytérien est maintenu fermement. Disons en passant que mainte petite église libre n'a subsisté jusqu'à ce jour que grâce à ce système.
Un second caractère que l'exposé de principes de la paroisse de Lausanne revendique pour la future église générale, c'est celui du mulliLiidinisme.Ce caractère sera également maintenu, mais forcément il se modifiera quelque peu par la pratique et par le fait, par exemple, que la confirmation du vœu du baptême ne sera plus considérée comme un acte d'adhésion à l'église. Le mullitudinisme pur deviendra du semi-maltitudinisme, et, dans beaucoup de localités, l'opprobre de la part du monde se chargera de rendre plus étroite la porte d'entrée de l'église.
L'église sera une vraie église, parce que, tout en conservant la pure doctrine évangélique, elle possédera son autonomie, et que les laïques auront dans son sein la place qui leur appartient de droit. Et si la paroisse de Lausanne croit encore devoir réserver la possibilité d'une union de l'église avec l'état, cependant elle n'en fait pas un objectif désirable, encore moins une nécessité. Bientôt môme ce dernier lambeau d'illusions disparaîtra tout à fait.
Après le préambule que nous avons transcrit plus haut, le plan d'organisation de la paroisse de Lausanne indique la composition de l'assemblée générale, le nombre des membres de