‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 165 sur 269 · CHAPITRE II. 33o · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 33o

mesure de ses convictions, tel était l'objet de cette réclamation singulièrement touchante par le mélange d'humilité et de fermeté, de charité et d'indignation. Le ton moral de ces pages est quelque chose d'admirable, et les amis de M. Vinet n'ont pu avoir qu'un regret en cette affaire : c'est que, dans sa candeur chrétienne, ce dernier ait cru nécessaire de répondre à des attaques parties de si bas1. Du reste, si M. Vinet s'était fait quelque illusion sur la bonne foi du Nouvelliste, il ne devait pas tarder à être détrompé par la manière ironique dont ce journal répliqua dans un article subséquent -.

Si le gouvernement et ses organes officieux prêchaient l'intolérance, les masses la pratiquaient et s'efforçaient ainsi d'étouffer, dans ses diverses manifestations, une liberté qui ne prétendait à rien qu'au droit commun.

La prochaine consécration de ministres pour le service de l'église nationale nécessitait une réunion de la commission de consécration. M. le professeur Herzog faisait partie de celle dernière. Mais à l'invitation du conseil d'état il répondit par un refus positif de prendre part aux travaux de la commission. M. Herzog ne pouvait, pour divers motifs, approuver la nouvelle consécration qui se préparait et il ne se sentait pas libre d'engager personne à accepter le régime sous lequel les nouveaux ministres seraient placés. En conséquence, M. Herzog donnait, en date du 21 février 184G, sa démission de membre de la commission de consécration et de professeur de théologie dans l'académie de Lausanne. Cette double démission fut aussitôt acceptée par le conseil d'état 3.

1 Conf. E. Schérer, Alexandre Vinet. pag. 155, 156, * Nouvelliste vaudois, 1816, IS°31, 17 avril.

3 M. Baup a inséré toutes ces pièces dans son Précis, png. 229-237.

La démission de M. Herzog provoqua indirectement une de ces scènes violentes qui trahissaient l'esprit d'intolérance dont le gouvernement lui-même était animé.

Le 24 février au soir, les étudiants, ne voulant pas se séparer d'un maître dont ils honoraient la retraite, sans lui donner une marque de leur attachement, se rendirent en cortège à Riant-Mont, domicile du professeur, et donnèrent à M. Herzog une sérénade bien vite interrompue par les sifflets, les cris et les vociférations poussés, depuis la roule, par une troupe fort nombreuse d'individus armés de bâtons. La sérénade achevée, c'est à grand'peine que les étudiants, entourés et protégés par des agents de police et des gendarmes, purent rentrer dans la ville et regagner leurs demeures. Parmi les hommes qui se montraient le plus échauffés contre les étudiants, se trouvait, on ne sait pourquoi, J. Eytel, alors professeur extraordinaire de droit à l'académie, et que le sous-préfet dut même prier de ne pas entraver l'exercice de la police. Cette petite émeute, à propos d'une sérénade, donna lieu à une assez vive polémique dans les journaux du chef-lieu l.

Si nous avons fait mention du trouble apporté à la sérénade de Riant-Mont, ce n'est pas que, dans l'histoire générale que nous écrivons, ce fait ait une importance particulière; mais nous y voyons une nouvelle manifestation de cet esprit d'intolérance qui saisissait toutes les occasions de se produire. Et puis M. Herzog, en donnant sa démission, ne se rangeait-il pas ostensiblement du côté de ces démissionnaires si conspués en haut et en bas lieu? De leur côté, les étudiants, en général, les

1 Courrier suisse, 1846, N° 17, 27 février. — Nouvelliste vaudois, !S° 18, 3 mars. — L'Indépendant, N0 43, 28 février.

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