‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 166 sur 269 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Zofingiens, en particulier, n'étaient-ils pas signalés comme des soutiens du parti mômier et aristocrate, du parti ristou, pour employer l'expression courante à cette époque1?

Si l'affaire de Riant-Mont n'est qu'un épisode assez anodin, en revanche ce que nous avons à raconter revêt le caractère de la plus déplorable gravité.

Nous savons comment, peu de semaines après la révolution de 184-5, le hameau à'Aran, au-dessus de Cully, avait acquis, dans notre pays et au dehors, une triste notoriété. Une année s'était à peine écoulée dès lors, que, le 1er mars 1846, ce hameau devenait de nouveau le théâtre de scènes d'une sauvage barbarie. Une très petite réunion de personnes pieuses se tenait, ce jour-là, à dix heures du matin, dans la maison de J.- L. Parisod, lorsqu'un détachement déjeunes gens, appartenant à une assez nombreuse troupe de perturbateurs, entra dans la chambre où l'on s'édifiait. Au premier aspect, on aurait pu croire qu'ils y étaient entrés avec de bonnes intentions; car, pendant quelques instants, ils parurent écouler en silence la prière; mais tout à coup ils l'interrompirent, se jetèrent sur les assistants, se saisirent de trois hommes et de quatre femmes, leur passèrent des cordes au cou et les traînèrent hors de la chambre. La veuve P. parvint bientôt à leur échapper. Jeannette P. fut conduite par ces exécuteurs des volontés du peuple souverain au pressoir de la commune, où ils lui firent faire quelques tours. Puis, l'ayant accablée d'injures, auxquelles la victime ne répondit que par des paroles de l'Ecriture, ils la relâchèrent. Les cinq personnes qui restaient en leur pouvoir, et entre autres un vénérable vieillard, furent conduites en

1 Le mot de ristou (aristocrate) fut employé peu après la révolution de 1845. D'origine valaisanne, nous l'avons rencontré, pour la première fois, à la date du 13 avril, dans les colonnes du Courrier suisse. Bientôt le Nouvelliste l'employait lui-même. Au mot ristou, on riposta par celui de gripiou, dont il n'est pas nécessaire de donner ici la traduction. Entre les deux est venu se placer le mot très caractéristique de mitou.

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triomphe et au milieu d'horribles blasphèmes du côté de Grandvaux. Dans leur marche, ces braves citoyens s'arrêtèrent près de chaque fontaine, voulurent y faire boire leurs victimes, arrachèrent les bonnets de deux femmes, les déchirèrent et en mirent les morceaux à leurs casquettes. Une Bible, un Nouveau Testament et un livre de cantiques furent aussi réduits en pièces. Arrivés au-dessous de Lallex, F. et G., jeunes hommes pleins de vigueur, leur échappèrent. Mais l'une des femmes, Julie C., maladive, était impitoyablement traînée comme une bêle de somme, quand son père, sa mère et ses sœurs accoururent et parvinrent à l'arracher des mains de ces furieux. Le vieux G. et deux femmes restèrent en leur pouvoir et furent conduits, toujours la corde au cou, à Grandvaux et de là à Gully. Arrivés sur la place d'armes, ils s'apprêtaient à poursuivre leur affreux attentat, lorsque M. F., ancien juge de paix, parvint à ùter à une des femmes la corde dont elle était liée. Mais les méchants, pour ajouter l'ironie à leurs mauvais traitements, les menèrent à l'auberge de Gully et leur offrirent à boire. Ce ne fut qu'après cette dernière insulte qu'ils les laissèrent aller 1 .

Voilà les faits. Le cœur se soulève d'indignation en retraçant des désordres pareils, commis en plein jour, dans un chef-lieu de district. Mais à qui imputer la faute d'un pareil mépris du simple droit des gens? Un an auparavant, le conseil d'état n'avait-il pas écrit à ces mêmes victimes de l'intolérance qu'elles étaient des fanatiques, que l'état ne leur devait aucune protection? Le président du conseil d'étal n'avait-il pas dès lors, en plein grand conseil, fait l'éloge de ceux qui donnaient des saboulces? Et veut-on savoir comment le journal du pouvoir rendait compte des scènes d'Aran? Pour la forme, évidemment, il avait quelques paroles de blâme, mais le fond de sa pensée

1 L'Avenir, 18i6, N° 5, 18 mars. — L'Indépendant, K« 45, H mars. — Courrier misse, N08 18, 19, 3 et 6 mars.

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