‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 168 sur 269 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

A Lausanne, à partir du jour de l'Annonciation, mercredi 25 mars, la poursuite des réunions religieuses indépendantes devint très active. La police déploya un zèle digne d'une meilleure cause, et fut d'une brutalité parfois révoltante. Le dimanche 29, sept ou huit réunions furent ainsi dissoutes1. Dans l'une d'elles se trouvait M. Vinet. Comme il réclamait un peu plus d'égards pour des femmes que des agents de police jetaient à la rue, il faillit subir lui-même un sort pareil. L'inspecteur de police s'écria : Empoignez Vinet, empoignez-moi cet homme! Heureusement que les gardes de police eurent assez de tact pour ne pas obéir et qu'un grand scandale fut ainsi évité. Après d'assez longues explications, M. Vinet obtint même la permission de rester dans la maison où il était invité à prendre le thé. La foule qui stationnait devant la maison de Lerber, au Grand- Chêne, où celte scène avait lieu, demeura du reste très tranquille2. Le dimanche suivant, 5 avril, une réunion qui avait lieu dans la campagne Perret-Porta, à Cour, fut également dissoute, et c'est à grand'peine que, à travers la grêle de pierres que les assaillants faisaient pleuvoir sur elles, les personnes qui s'y trouvaient purent regagner la ville.

Cequi sepassaitau chef-lieu se reproduisait naturellementdans d'autres localités du canton. Voici ce que nous lisons dans une lettre particulière, reproduite quelques jours après par un journal religieux de Paris : « Tu ne peux te faire une idée de l'état

1 Donnons ici le modèle des ordres de dissolution, quand, du moins, un ordre semblable était fourni par écrit : « Le préfet du district de Lausanne somme l'assemblée religieuse qui a lieu chez M. rue ***, de se dissoudre immédiatement. Lausanne, le .... 1846. »

Le préfet, A. Meystre.

s Courrier suisse, 1845, N° 26, 31 mars. L'Indépendant, N° 48, 4 avril. (Supplément.)

de ce pays. Les réunions religieuses poursuivies, dissipées par l'autorité, qui, pour se faire un prétexte, envoie une douzaine de bandits stationner devant la porte et poursuivre de leurs huées les fidèles qu'on expulse. Nos campagnes sont également égarées et perverties par les calomnies du pouvoir, de telle sorte que la vie des pasteurs et du petit nombre de leurs adhérents est à la merci du premier mauvais sujet. On nous chasse, on nous maltraite : point de recherche des coupables; au contraire, ces derniers savent que c'est là un titre aux faveurs f. » Cette lettre est sévère, le serait-elle trop? Qu'on se rappelle comment M. P. Burnier fut poursuivi à Montricher. Et, le 3 mars, à Ormont-dessous, n'avait-on pas donné à un homme infiniment respectable, M. le ministre démissionnaire Pilet, un affreux charivari, parce qu'il avait chez lui, en visite, trois de ses collègues? Combien ne serait-il pas facile de multiplier le nombre de ces exemples! Ce qui devait se passer le 19 avril à Echallcns, ne légitimerait que trop les graves accusations portées contre une portion de notre peuple. Nous avons déjà raconté ces horribles scènes2, au milieu desquelles des menaces de mort furent proférées contre le pasteur démissionnaire, directeur de l'hospice.

Quel parti prendrait cette fois le gouvernement? accepteraitil la responsabilité d'un tel acte? La question était bien naturelle. Cependant, le 21 avril, voici ce qu'on lisait dans le Nouvelliste vaudois sous la rubrique : Echallcns : a La colère du peuple contre les réunions séparatistes de l'église qui se dit libre et indépendante (quelle ironie!), concentrée depuis longtemps, vient d'éclater dans cette commune. » Le journal ne parle pas d'un hospice, mais « d'un oratoire des séparés, désert en ce moment. » Il nous apprend que le préfet était parti d'Echallens une demi-heure avant l'émeute, et il ajoute : « Tout

1 Archives du christianisme, 1846, N° 7, 11 avril. 4 Tom. V, liv. X, chap. XII, pag. 211.

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