‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 170 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(25 avril.) Si, du moins, ce système de honteuse intolérance s'était arrêté là î Si l'on n'avait plus entendu « parler d'oppression dans nos contrées! » (Esa. LX, 18.)

Les pleins pouvoirs, accordés le 19 novembre au conseil d'état par le grand conseil, expiraient de droit le 31 mai. Le 5 de ce mois, dans la session ordinaire du printemps qui s'était ouverte la veille, le conseil d'état présenta un projet de décret pour obtenir le renouvellement des pleins pouvoirs jusqu'au 31 décembre i846. Celte demande formait la conclusion du rapport présenté par le conseil d'état sur l'usage qu'il avait fait jusqu'à ce moment des pleins pouvoirs. Rien de plus clair, de plus précis, de mieux ordonné que ce rapport quant aux faits eux-mêmes. Rien de plus habile quant à la manière dont le conseil d'état y présente l'apologie de sa conduite. A un lecteur candide et ignorant, cette conduite devait paraître le plus parfait modèle de la bienveillance, des égards, de la charité même, tant l'exposé des mesures prises par le gouvernement pour remédier à la récolte des pasteurs mettait en belle lumière X excellent esprit dont le conseil d'état avait été animé. Mais si l'histoire était exacte, la philosophie, du moins, n'en était pas juste. Au reste, le conseil d'état paraissait si assuré de l'approbation du grand conseil, qu'il ne donnait, dans son rapport, qu'une attention distraite à l'idée d'une loi sur la liberté des cultes et qu'il n'en parlait que pour la déconseiller. Il avait, disait-il, encore besoin des pleins pouvoirs.

Le rapport du conseil d'état, soumis à l'examen d'une commission, ne devait être discuté que dans les séances du 26 et du 27 mai. Le résultat de ces deux journées pouvait être prévu, et nul ne s'en étonnerait, car, le 19 déjà, à propos d'une mo-

tion de M. le colonel L. Frossard, la représentation nationale avait assisté à un combat d'avant-poste où le libéralisme avait essuyé un échec significatif.

M. Frossard proposait que le conseil d'état fût invité à présenter « un projet de décret assurant la liberté des cultes, sous réserve des garanties exigées par l'ordre public. »

La discussion ouverte, M. Frossard indiqua en ces termes les motifs qui lui dictaient sa proposition : « Je suis convaincu que pour qu'une loi sur la liberté des cultes ait force dans le pays, elle doit être sanctionnée par le peuple. Je suis convaincu aussi que celte sanction ne lui manquera pas. La loi qui serait portée d'après ma motion serait très large, puisqu'elle consacrerait la liberté religieuse d'une manière complète. D'un autre côté, elle réserve les garanties que nécessite l'ordre public. L'idée fondamentale est d'obéir à la loi et non pas aux pleins pouvoirs. » Comme bien d'autres bons citoyens, M. Frossard était sous l'impression de tout ce qui s'était passé depuis que les pleins pouvoirs avaient été accordés. Il fallait sortir de l'arbitraire.

M. Frossard fut vigoureusement soutenu par M. Pcllis, qui affirma que « la marche du conseil d'état tendait à ruiner l'église nationale et à la remplacer par une anarchie dont on ne pouvait que redouter le développement. » Cet orateur porta presque seul tout le poids de la discussion. Seul, du moins, il se rangea aux côtés de M. Frossard. Il ne laissa aucun argument sans réponse et répliqua sans se lasser aux partisans des pleins pouvoirs. Ces derniers furent nombreux. M. Pittet prétendit que la liberté des cultes existait « pour les protestants, pour les catholiques, pour les dissidents, pour les méthodistes, » en un mot pour tout le monde. Toutefois, elle n'existait pas pour ceux que M. Pittet appelait « la secte des mécontents, » en d'autres termes, pour les pasteurs démissionnaires, mais ils ne la méritaient pas. M. Bachelard prononça le mot le plus significatif qui ait été dit dans cette discussion : « La nation vaudoise

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