‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 175 sur 269 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pies réunions religieuses plus ou moins accidentelles. Peu â peu, les plus avancées dans l'idée d'église se sont constituées en paroisses, séparément les unes des autres, mais attendant le lien qui les unira. Le culte s'est célébré, non pas dans des chapelles ou oratoires, cela était impossible, mais dans des salles particulières. A Lausanne, par exemple, on a vu, chaque dimanche, une vingtaine de réunions se tenir en autant de locaux différents. Les sacrements ont été administrés, les mariages bénis, l'instruction des catéchumènes a été donnée. Sans doute, il y a encore bien de la bigarrure dans la manière dont les choses se passent dans toutes ces paroisses. Ici, on a conservé toutes les anciennes formes du culte, là, une partie seulement, et ailleurs on s'en est affranchi tout à fait. Mais partout se sont fait remarquer des progrès sensibles vers les saines idées de la liberté des enfants de Dieu. Il est même telle église où ces progrès se sont traduits d'une manière curieuse dans les changements successifs du costume de ses pasteurs. D'abord ils ont prêché en robe et sans s'écarter d'un fil de toutes les observances de l'ancien culte; ensuite, ils ont paru en manteau et rabats; enfin, ils n'ont plus gardé que ces derniers, jusqu'au jour où ils les ont mis de côté. Et c'est ainsi que les formes raides et cristallisées de l'ancienne église se sont montrées de plus en plus sans vie comme sans utilité1.

Jusqu'aux premiers jours de juillet, la commission nommée par la conférence générale du 12 novembre précédent avait été le centre de ralliement, soit des pasteurs démissionnaires, soit des conférences de districts, soit encore des paroisses consti-

1 Voy., sur les situations de ce moment : Archives du christianisme, 1846, N° 23, 12 décembre.

tuées ou en formation. Mais cette commission, nommée dans la pensée et dans la prévision d'une reconstitution de l'église nationale, ne devait avoir qu'une existence momentanée et, pour ainsi dire, subordonnée à des projets éventuels et sans garantie de réussite. Le jour devait donc arriver où, cette première commission ayant achevé sa tâche, elle céderait la place à une nouvelle commission mieux qualifiée peut-êlre pour élever l'édifice dont les matériaux n'étaient que préparés, pour transformer le provisoire en définitif.

Si tous les pasteurs et ministres qui avaient persisté dans leur démission avaient un point de ralliement commun et inébranlable : la souveraineté de Christ sur son église et la liberté du ministère évangélique, il régnait cependant entre eux des vues divergentes sur la nature de l'église et sur sa position vis-à-vis de l'état. Ces tendances diverses devaient se manifester un jour, entrer peut-être en lutte; l'une ou l'autre finirait par l'emporter, à moins que, sous le coup d'une situation pleine de périls, il n'y eût entre elles entente et transaction. Dans le sein même de la commission générale ou de son bureau, nous voyons siéger les représentants de deux au moins de ces tendances. Plus tard, les représentants d'une troisième paraîtront aussi sur la scène. Autour de M. Bauty se grouperont probablement les partisans de l'ancien nationalisme; autour de M. Chappuis ceux d'une église nouvelle, aspirant à une indépendance plus complète vis-à-vis des traditions du passé. Et si, un jour, M. L. Burnier se présente, — et il se présentera, — il est possible qu'on assiste à des tournois qui rappelleront ceux de 1838.

Dans certains moments, dans des circonstances solennelles surtout, un nom propre vaut tout un programme.

Le 8 juillet, une Commission centrale, nouvellement nommée, se constitue. Qui choisira-t-elle pour son président? La commission désigna M. le professeur Chappais. Il était, pensons-

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