‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 178 sur 269 · chapitre ni · texte numérisé non relu

chapitre ni

néral on était bien disposé à suivre le cours de M. Chappuis, mais sans passer par l'intermédiaire de la commission, de peur de s'engager déjà par cette démarche dans une faculté indépendante dont le nom seul terrifiait. Cependant il ne se présentait que deux alternatives : se ranger du côté de l'église gouvernementale ou du côté de l'église des pasteurs démissionnaires. La discussion fut vive, la lutte par moments pénible; à la fin, cependant, cinq ou six étudiants, en représentant une dizaine d'autres, se rendirent chez M. Espérandieu. La commission nommée le 12 novembre s'y trouvait réunie. L'un des délégués annonça qu'en leur nom et au nom de plusieurs de leurs condisciples ils venaient témoigner leur sympathie à messieurs les pasteurs et leur demander, dans le cas où il leur serait impossible de faire leurs examens à l'académie, l'établissement d'une commission d'examen et de consécration. La plupart des étudiants étant disposés à suivre les cours de MM. Chappuis et Vinet, ils priaient la commission centrale d'appuyer leur demande auprès de ces deux professeurs. Beaucoup d'étudiants auraient répugné à s'adresser à M. Chappuis par le canal de la commission. Ils craignaient que, par cette démarche, ils n'eussent l'air de s'engager plus qu'ils ne le voulaient; en conséquence , ils désiraient que cette demande fût considérée comme adressée directement à M. Chappuis.

Alors le vieux professeur Leresche remercia les étudiants et les exhorta à persévérer dans la voie où ils étaient entrés. Après quelques recommandations sur la nécessité de la prudence, les membres de la commission serrèrent la main aux étudiants qui se retirèrent. Toute cette scène s'était passée entre cinq et six heures du soir, dans un salon éclairé par le feu seul de la cheminée. Mais celle soirée devait être féconde en résultats et marquer dans l'histoire d'une église qui n'existait encore que dans la pensée d'un fort petit nombre d'hommes. Cependant, aux premiers jours de décembre déjà, la conférence libre de

Vevey avait demandé à la commission générale, la fondation immédiate d'une faculté de théologie libre1.

Le lendemain du jour où avait eu lieu la scène que nous venons de raconter, la commission, faisant droit aux vœux exprimés par les étudiants, appelait M. Chappuis à continuer privatim son cours de dogmatique, et M. Vinet à donner, également sous celte forme, un cours de théologie pratique. En même temps, une sous-commission était nommée afin de pourvoir aux besoins des études et d'aviser aux moyens de faire examiner les jeunes proposants qui voudraient recevoir la licence et l'imposition des mains de l'établissement qu'on rêvait et qu'on appelait, nous nous en souvenons, Yéglise nationale indépendante2.

C'est ainsi que l'hiver s'écoula. M. Herzog, après avoir, en février 1846, donné sa démission de professeur à l'académie, se rattacha à l'enseignement libre. Les cours se faisaient en maison privée. M. Girardet père offrit une salle dans sa maison du Pré-du-marché. Plus tard, pendant le semestre d'été, les leçons eurent lieu dans le salon de M. Rivier, Place de Saint- Laurent. Les étudiants continuaient à suivre certains cours à l'académie. Mais bientôt , à la suite de demandes d'étudiants et de licenciés en théologie qui désiraient continuer leurs études ou être consacrés, la commission générale se trouva conduite à prendre des mesures plus complètes. Dans sa séance du 14 avril, elle nomma une commission d'études dans le but d'organiser provisoirement les études théologiques. Cette commission était composée de MM. André Gindroz, président, Pk. Bridel, pasteur, et W. Espèrandieu, ancien juge d'appel. Elle de-

1 Troisième circulaire de la Commission, 2 décembre 1845.

2 Quatrième circulaire de la Commission, 9 décembre 1845.

Page 1