‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 179 sur 269 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

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vait appeler les anciens professeurs démissionnaires à continuer leurs cours, et, par le moyen d'autres hommes qualifiés, compléter la faculté. C'est ainsi que plusieurs pasteurs démissionnaires furent chargés simultanément ou successivement de donner des cours de théologie. Tel fut le cas de M. Pache, de M. Bauty, qui, d'Yverdon où il remplissait les fonctions pastorales, venait donner à Lausanne un cours de théologie polémique ; de M. Espérandieu, qui fut chargé de la théologie pratique et de la direction des exercices de prédication, de M. Berdez, qui professa l'exégèse de l'Ancien Testament et enseigna la langue hébraïque. Lorsque M. Herzog eut quitté le pays, M. Louis Vulliemin consentit à donner le cours d'histoire ecclésiastique.

Mais la faculté n'avait pas encore de domicile fixe. De la maison Rivier, elle avait passé dans celle de M. Noir, à la rue Neuve, et c'est de là que, au bout d'un temps assez court, elle vint à Y ancienne brasserie (rue du Valentin). C'était dans le moment où, après la destitution des professeurs de l'académie (novembre 1846), on essayait de constituer un enseignement supérieur indépendant. Cette dernière tentative, trop tardive peut-être, eut peu de succès, et l'institution dite des cours libres, qui avait introduit la faculté avec elle dans la maison de la brasserie, lui en laissa bientôt l'usage exclusif. C'est là que la faculté de théologie, adoptée au mois de juin 18-47 par le premier synode réuni en vertu de la constitution de l'église libre, prit son assiette définitive; c'est là qu'elle a vécu dix-sept ans. En se reportant par la pensée à ces petits commencements, à ces jours mauvais, à ces jours d'épreuve, où l'on était souvent en alarmes, toujours dans l'incertitude du repos et de la paix du lendemain, on comprend que M. le professeur Chappuis ait pu s'écrier plus tard : « Beaux jours pourtant, malgré toutes nos misères, parce qu'ils étaient éclairés des rayons de la lumière d'en haut, que nous nous sentions entre les mains de

notre Dieu, et que nous faisions sans cesse l'expérience de son support et de ses délivrances1. »

Le 14 avril, la commission des pasteurs et ministres démissionnaires avait reçu, par lettre datée d'Echallens, 23 mars 4846, une demande de M. H. Germond, licencié en théologie, qui exprimait le désir de recevoir prochainement l'imposition des mains. Malgré les périls et les renoncements que devait rencontrer une adhésion aussi éclatante à la position prise par les pasteurs et ministres démissionnaires, M. Germond voulait « partager l'opprobre de la vérité dans leurs rangs, où il retrouvait ses anciens maîtres dans la science, et tant de modèles de foi. »

La commission, vivement émue, nomma aussitôt une commission de consécration composée de MM. Miéville, pasteur, président, Chappuis et Herzog, professeurs, A. Chavannes, Solomiac, Thomas, d'Orbe, Ler esche, professeur, Leresche, de Morges, Clément, Constançon, ancien conseiller d'état, Golay, A. Nicole, F*. Cochard, A. Gronicod, ancien syndic de Châteaud'Œx, Diitoit-Wyltembach; suppléants, MM. Th. Rivier, J. Gêtaz,

4 Voy. Inauguration de l'édifice destiné à la faculté de théologie de l'église libre du canton de Vaud. (Lausanne, Georges Bridel, 1864. 36 pag. grand in-8.) Cette séance eut lieu le 24 mai 1864. Les discours prononcés par MM. L. Bridel, Chappuis et Berdez ont un intérêt historique tout particulier. On peut consulter également le Discours d'ouverture des cours, par M. L. Vulliemin, le 19 octobre 1852; discours qui fut la cause de toute une polémique avec M. Dufournet, professeur de théologie à l'académie. En 1862, la commission synodale a publié un Catalogue des pasteurs et ministres de l'église évangélique libre du canton de Vaud (Lausanne, Georges Bridel, 14 pag. in-8), qui renferme des détails statistiques intéressants. A cette date, le nombre des diplômes de licencié en théologie délivrés par la faculté libre était de 45; le nombre des ministres consacrés dans l'église, également de 45. Les circulaires de la Commission des études donnent des renseignements précieux sur la marche de la faculté depuis sa fondation jusqu'à nos jours.

chapitre m. 369 Lucien Vallolton et Vallolton-Dapples. La consécration de M. Germond fut éventuellement fixée au milieu de juin1. Elle ne put avoir lieu que le 8 juillet.

M. Germond avait été le premier à demander l'imposition des mains, mais, au jour fixé pour cela, deux de ses condisciples, également licenciés en théologie, MM. Henri Martin et Charles Cordey, se trouvaient à ses côtés. La cérémonie eut lieu à Riant- Mont, à neuf heures du matin, chez M. le professeur Herzog. Le nombre des assistants était peu considérable; environ cent personnes, y compris trente à quarante ministres qui signèrent le procès-verbal de la consécration. La circonstance du public restreint qui assista à cette cérémonie s'explique par le secret rigoureux qu'on se crut obligé de garder jusqu'au dernier moment, de peur que l'assemblée ne fût dissoute par des perturbateurs ou par l'autorité. Lausanne était encore sous le poids de l'arrêté du 2 décembre 1845. La vue d'un grand nombre d'ecclésiastiques et d'autres personnes étrangères à cette ville, aurait certainement donné l'éveil à des adversaires toujours vigilants.

Les candidats avaient été examinés par la commission de consécration, qui s'était assurée qu'ils présentaient des garanties à l'église sous le triple rapport de la foi, de la doctrine et de la vie. M. le pasteur Germond, père, avait bien voulu se charger de la prédication, et il avait choisi pour texte de son discours les paroles de Jésus à Pierre : « Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? » Il montra aux candidats qu'à celte heure, plus encore qu'à aucune autre époque, le ministère évangélique était « une œuvre de foi, une œuvre de courage, une œuvre de prudence, une œuvre de renoncement, » et comment ce courage, cette prudence, ce renoncement, de même que l'activité, le zèle, la patience d'un ministre de Jésus-Christ, se puisent dans un cœur plein de l'amour du Sauveur. Les circonstances dans les-

1 Dixième circulaire de la Commission, 30 avril 1846.

MOUVEM. RELIG. VI. 2i

quelles se trouvait l'église au sein de laquelle ces jeunes frères se vouaient au Seigneur, l'état précaire des chrétiens séparés de l'état, de leurs assemblées, de celle même où l'on se trouvait, l'obscurité de l'avenir, tout contribuait à donner à la cérémonie un caractère profondément émouvant. Les cœurs de tous les assistants ne battaient-ils pas à l'unisson de celui du prédicateur, lorsqu'il s'écria : « Pour vous, ô mes jeunes frères, consacrés comme en secrel, ainsi que les pasteurs du désert, vous êtes avertis que vous devez vous préparer à recommencer leur austère et pénible carrière. Ahl ne regrettez pas les avantages trompeurs dont nous avons joui : nous les avons expiés par d'assez cruels mécomptes. En vous inspirant la résolution d'y renoncer pour le nom de Christ, Dieu vous a replacés sur la véritable roule, la roule sacrée que le Sauveur lui-même a marquée de l'empreinte de ses pas1. » Chacun sentait que le Seigneur était présent, et les circonstances actuelles rendaient les paroles du prédicateur et les actes de la cérémonie si graves, si saisissants, que jamais dans une consécration, même aux plus beaux jours de l'ancienne église nationale, les ministres qui entouraient les candidats ne se rappelaient avoir été aussi profondément ébranlés dans leurs âmes et aussi édifiés.

Après le sermon, le ministre officiant se plaça à côté du président, M. le pasteur Miéville, en face des candidats. M. Miéville s'adressant à ces derniers leur dit : « Chers frères, qui voulez vous consacrer à l'œuvre du saint ministère et qui, dans ce but, désirez recevoir l'imposition des mains par les pasteurs et ministres de l'église évangélique vaudoise indépendante du gouvernement civil, quant au spirituel, vous connaissez l'état actuel de cette portion de l'église de Jésus-Christ. Vous savez qu'elle a dû se former, sous le regard de Dieu, pour maintenir la suprématie spirituelle de Jésus-Christ sur son église, tout

1 Voy. Sermon prêché le 8 juillet 4846 pour la consécration au saint ministère de MM. Martin, Cordey et Germond, (Lausanne, Bridel, 1846. 16 pag. in-8.)

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