CHAPITRE m
comme aussi l'indépendance et l'intégrité du ministère évangélique. En voyant se rompre les liens qui nous unissaient à l'état, nous avons senti plus vivement encore, s'il était possible, le devoir et le besoin de rester soumis aux divines instructions qui nous apprennent « comment il faut se conduire dans la mai- » son de Dieu, qui est l'église du Dieu vivant, la colonne et l'ap- ); pui de la vérité. » (1 Tim. III, 15.) Nous demandons à notre divin chef de conserver au milieu de nous « une doctrine saine î dans laquelle il n'y ait rien à reprendre. » (Tite II, 7, 8.) Notre foi est la même que celle de nos pères; c'est la foi aux saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, et aux doctrines qui y sont contenues, doctrines sommairement exprimées par nos réformateurs dans les vingt-un premiers chapitres de la confession de foi helvétique. »
Après ce préambule, M. Miéville représenta, de la manière la plus forte, aux candidats, les engagements qu'ils contractaient en recevant l'imposition des mains. Chaque candidat, appelé par son nom, répondit : «C'est ce que je veux faire avec le secours de Dieu. » L'un d'eux prit ensuite la parole au nom de tous, afin que l'assemblée apprît de leur bouche quels étaient, dans celte heure solennelle, leurs sentiments et leurs intentions1.
Telle fut la première consécration au saint-ministère dans l'église évangélique libre du canton de Vaud. Cet acte, à lui seul, était une affirmation d'existence plus éloquente et plus décisive que beaucoup de paroles. Ce qui n'avait été longtemps qu'en germe, arrivait à maturité : l'église se rendait compte de son existence, elle prenait conscience de sa vitalité. On ne consacre pas des ministres pour une église simplement possible, mais bien pour une église réelle. Qu'il manquât encore à cette église une organisation complète, une constitution bien définie, ce n'était pas là l'essentiel : le corps est plus que le vêtement, et le corps était là 1
1 Onzième circulaire de la Commission, juillet 1846.
Tandis que la commission centrale se constituait et prenait les graves décisions que nous avons rapportées plus haut, un court mémoire, suivi d'un projet d'organisation ecclésiastique, était adressé par Yéglise libre de Sainte-Croix, l'église évangélique de Morges, et la congrégation de V Oratoire, à Yverdon, aux « frères qui avaient formé ou qui étaient sur le point de former de même des églises libres1. » Ce mémoire jeta tout d'abord quelque inquiétude au sein des troupeaux déjà constitués ou en formation. Que signifiait-il? Fallait-il y voir un progrès vers le but auquel tous tendaient? N'élail-il antre chose que le manifeste d'un schisme déjà consommé ou sur le point de l'être?
Cependant les premières lignes du mémoire étaient de nature à rassurer : « Nous désirons resserrer les liens, au fait déjà si nombreux, qui nous unissent; nous voudrions fonder cette union, non sur un sentiment vague de fraternité, mais sur un rapprochement plus intime et, si possible, sur une entière conformité de vues. » Voilà donc l'objectif poursuivi par les trois églises signataires de l'adresse. Elles sont également poussées « par l'obligation d'aider à la manifestation de la vérité. » Dans un temps de crise et de formation, il faut que chacun concoure au but commun. Or les trois églises croient être parvenues à une saine intelligence des principes qui doivent être placés à la base de l'église qu'on travaille à constituer dans le canton de Vaud.
Ces principes sont ceux du presbytérianisme. L'essence de ce dernier « gît dans un système de représentation, qui assure à la fois à chaque église la mesure de liberté qui lui convient
1 Genève, Ramboz, juillet 1846, 16 pag. in-8.