chapitre ni
ville sera unie aux autres paroisses libres du canton, « par les liens d'une organisation ecclésiastique commune, émanant de l'église elle-même. » En outre, elle s'est adressée à la commission centrale afin de lui faire connaître son existence comme paroisse organisée et de la « prier instamment d'accélérer le moment où des dépulations nommées par toutes les paroisses libres du canton pourront être réunies en un synode constituant. »
La lettre que le conseil de la paroisse libre de Lausanne avait adressée aux églises de Sainte-Croix, Morges et Yverdon ne pouvait rester sans réponse. 11 importait à ces églises de se disculper de reproches non justifiés et de dissiper des erreurs ou des préventions. C'est ce qu'elles firent, chacune pour son compte, mais en remettant à celle de Morges le soin de faire parvenir leurs explications et leurs justifications à toutes les paroisses libres du canton.
Les trois églises sont unanimes à prolester, soit de leur attachement au presbytérianisme, soit de leur ardent désir d'union avec les églises en formation, soit de leur volonté arrêtée d'attendre le synode constituant annoncé. Il n'y a eu, dans leur union restreinte, et qui n'est point encore un fait accompli, qu'un rapprochement sympathique autour de principes communs et dans une même foi. Il n'y a eu, dans leur démarche, en faisant imprimer et en répandant leur mémoire, que l'intention de fournir une base à une organisation d'église et à une entente cordiale. Les craintes exprimées par le conseil de Lausanne sont sans fondement, et le mémoire y aurait répondu d'avance, s'il n'avait été lu peut-être avec quelque prévention personnelle. Ce que veulent les églises en formation, c'est au fond ce qu'ont déjà saisi les églises concordataires. Le jour viendra où il n'y aura réellement qu'une église évangélique libre
du canton de Yaud. Les nuances actuelles, les divergences secondaires sur des points de détail, tout cela fera l'objet des discussions du synode et la liberté individuelle reconnue à chaque église sur une foule de points semblables sera une garantie même de l'unité fondamentale. Il y a trois mois (les lettres des églises sont du mois de septembre), on ne parlait pas d'tm même synode constituant, et c'est ce silence qui a déterminé les trois églises à marcher de l'avant; s'il en avait été question plus tôt, certainement « jamais leur adresse n'eût vu le jourl » Mais enfin celle adresse elle-même a pu « contribuer à éclairer les esprits; » elle n'aura donc pas été inutile. Partis de points de vue différents, le terme d'arrivée sera le même. Outre la doctrine, qui est identique, il existe un terrain commun : a Nous voulons tous un centre; mais qu'il ne soit pas absolu, que ses attributions soient limitées, et que ces limites soient telles qu'elles sauvent ce qui est de droit divin, savoir, le principe et Vtisage de la liberté dans les églises. » Quant à la tâche de la commission centrale, elle est achevée, ou très près de l'être : Y église la remplacera 4.
C'est ainsi que se termina une correspondance dont le début avait trop alarmé et qui devait, en définitive, rapprocher les esprits et les cœurs.
Tandis que l'église en formation se prépare à occuper sa place au soleil du canton de Vaud, que fait le gouvernement pour soutenir et vivifier l'église dont il s'est, à maintes reprises, déclaré l'évêque, le chef suprême?
Ce qui importait avant tout au conseil d'état, c'était de trou-
1 La lettre de Morges était signée par MM. L. Burnier et L. Margot; celle de l'Oratoire d'Yverdon, par MM. S. Thomas, D. Rebeaud et L. Mabille; celle de Sainte- Croix, par M. A. Tesluz.
chapitre m. 379 ver des pasteurs qui consentissent à se charger des paroisses dont les titulaires précédents étaient officiellement évincés. Au mois de mars, onze aspirants aux chaires nationales avaient été reçus par la commission de consécration. Dix d'entre eux étaient des ministres consacrés hors du canton ; dont trois Français, un Bavarois, un Saint-Gallois, un Genevois et quatre Vaudois. Un Appenzellois « ayant encore des progrès à faire dans la langue française, » la commission avait renvoyé à plus tard de prononcer sur son admission. Les doctrines de l'un des pasleurs français reçus, « quoique chrétiennes, » n'avaient pas été trouvées en tout point orthodoxes par ceux des membres de la commission qui « tenaient à la confession de foi helvétique! » L'un des Vaudois ayant été consacré au saint ministère par une église séparée, à Genève, la commission avait hésité à le recevoir. Toutefois « l'église du Témoignage (G. Malan) n'étant pas hérétique, mais séparée, » et les circonstances étant exceptionnelles, le candidat avait été accepté. De l'académie de Lausanne, il ne s'était présenté devant la commission qu'un seul candidat, un Vaudois. Il n'avait pas achevé les épreuves prescrites, mais « il y avait suppléé par les prédications qu'il avait faites depuis la fin de novembre » dans les paroisses des démissionnaires. C'était plus qu'il n'en fallait; mais comme il n'aurait pas valu la peine de procéder à une consécration pour un seul candidat, cette cérémonie avait été renvoyée à des temps meilleurs. Deux étudiants en théologie, tous deux Vaudois, s'étaient présentés, mais avaient ensuite préféré terminer leurs études théologiques. Enfin, un ex-curé français, qui avait été placé provisoirement à Cbeseaux, s'y était fait connaître d'une manière telle, qu'il avait jugé lui-même convenable de quitter le canton l.
Parmi les ministres étrangers agrégés par la commission de consécration au clergé national, se trouvait un homme dont le
1 Nouvelliste vaudois, 1846, N° 23, 20 mars.
nom, illustré par le plus grand orateur protestant français de notre époque, ne laissait pas que d'étonner un peu ceux qui savaient que ce même homme était à Genève le chef d'une petite secte qui le tenait pour le Christ, et qui s'édifiait à l'ouïe de ses prophéties. Cet homme était M. Guillaume Monod, l'un des frères du vénéré Adolphe Monod, mort pasteur à Paris. M. G. Monod, dont la vie religieuse et ecclésiastique avait été jusqu'alors et devait être encore longtemps une véritable odyssée, se souvenant qu'il était d'origine vaudoise (de Vullierens), était accouru à l'appel du conseil d'état. Son arrivée à Lausanne fut tout un événement et donna le signal à une polémique malheureusement trop personnelle, et parfois très acerbe, qui remplit maintes colonnes des journaux du temps. Plus tard, M. Monod devait jouer un rôle assez noble dans les dissensions religieuses de notre pays, pour mériter d'être congédié par le même conseil d'état qui l'avait acclamé à son arrivée.
Dans les mois qui suivirent les opérations de la commission de consécration, quelques pasteurs étrangers vinrent encore grossir le nombre des membres du clergé national. Cependant, au mois de mai, la situation n'avait pas sensiblement changé. D'après le rapport du conseil d'état au grand conseil, le nombre définitif des démissionnaires rentrés était, à ce moment-là, de trente-sept seulement. La veille, l'un d'eux avait même donné de nouveau sa démission. C'était M. Savary, pasteur à Corcelles, près Payerne 4.
Le dimanche 19 juillet eut lieu à Lausanne la présentation des quatre nouveaux pasteurs de la ville, MM. Raoux, Monod, L. Curtat et Ant. Curchod. Nous n'aurions pas à mentionner ce fait sans importance particulière, si, dans son discours, le préfet, M. Meystre, n'avait profité de l'occasion pour se livrera un réquisitoire, aussi violent que déplacé, contre les anciens pas-
1 Voy. les motifs de cette démission dans Y Avenir, 1846, K° 11, 17 juin. Le 2 novembre, le nombre des pasteurs officiels était remonté à cent quatorze.