‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 183 sur 269 · chapitre m · texte numérisé non relu

chapitre m

teurs de Lausanne, devenus démissionnaires. Le représentant de l'autorité civile accusa ces derniers d'avoir « violé le serment solennel qu'ils avaient fait en présence de cette chaire, en face de l'église. » Après des accusations de même valeur, M. Meystre, s'adressant aux nouveaux pasteurs, leur dit : « Vous aurez beaucoup à travailler, surtout à Lausanne. Car c'est ici que se forme l'intrigue, que se préparent les batteries pour renverser notre église nationale. Courage donc, messieurs les pasteurs!... » Quant au discours de M. Monod, il fut un incroyable mélange de flatteries à l'adresse du préfet, du gouvernement et du peuple, en même temps que d'appels à la compassion et au pardon pour les pasteurs démissionnaires qui avaient « erré, » qui avaient « péché *. »

Le synode institué par la loi ecclésiastique de 1839 n'avait jamais été convoqué. Il devait l'être, par exemple, lorsque s'agirait de l'institution ou de la suppression d'un jour de fête religieuse dans l'église nationale. Aux termes de la loi, les délibérations du synode ne pouvaient être du reste que de simples préavis, et, en réalité, toute décision appartenait au gouvernement. Celui-ci avait l'initiative dans toute affaire, car il jugeait de l'opportunité d'une réunion du synode et il en formulait la conclusion, puisqu'il lui était loisible de tenir compte des préavis du synode ou de passer outre.

Les événements ecclésiastiques que notre canton voyait s'accomplir dans son sein depuis tantôt dix-huit mois étaient d'une nature assez grave pour motiver la convocation du synode, et sans doute que le conseil d'état allait lui demander un préavis sur la meilleure manière de clore l'ère néfaste qui s'était ou-

1 L'Avenir, 1846, No li; 5 août.

verte, pour le pays et pour l'église, le lendemain de la révolution. Hélas, non I

Lorsque, le 20 juillet, dans la salle du grand conseil, à Lausanne, le premier synode de l'église de 1839 se trouva réunr sous la présidence de son doyen d'âge, M. le pasteur Chavannes, du Mont, il entendit la lecture d'une lettre dans laquelle le conseil d'état exposait que le grand conseil « voulant consulter l'expérience » avant de faire une loi qui organisât la fête civique du dimanche 9 août, le synode était appelé à donner son préavis sur le formulaire de prières proposé par le conseil d'état. Il s'agissait donc tout simplement d'une prière, et toute la mission du synode consistait à en adopter une qu'il n'était pas même chargé de composer, le gouvernement ayant choisi le formulaire du 14 avril, modifié en quelques endroits pour le mettre en harmonie avec la fête nouvelle. Ces modifications elles-mêmes étaient du fait du gouvernement qui croyait s'y entendre, et qui les avait déjà soumises aux classes dans leur assemblée ordinaire du mois de juin. La compétence du synode était bien restreinte; tout au plus pouvait-il discuter la convenance de certains termes comme ceux (['émancipation et de progrès qui soulevèrent une longue discussion. Gomme on ne pouvait tomber d'accord sur de futiles modifications, on finit, de guerre lasse, par se ranger à une motion d'ordre de M. le pasteur Roud, qui proposa d'adopter la prière telle quelle, en déclarant que le synode n'était pas compétent pour examiner les termes politiques ajoutés à la liturgie de l'ancienne fête du 14 avril. Evidemment l'assemblée était effrayée de l'idée de discuter quelque chose et elle voulait couper court. Le synode devait-il laisser ainsi passer, recommander même par son silence tout ce qu'il plairait au conseil d'état d'insérer dans une prière, pourvu qu'il n'y eût, dans les prières, ni phrases sociniennes ni parenthèses pélagiennes? Mais au fond celte convocation était, selon l'expression plus franche que prudente

Page 1