‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 184 sur 269 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

d'un des membres du synode, simplement ridicule. Le gouvernement consultait le synode sur des bagatelles et se réservait la solution des questions capitales. C'était dans l'ordre et parfaitement conforme aux théories du président du conseil d'état sur la nature de l'union de l'église avec l'état.

Quelques membres du synode essayèrent en vain de résister, leur voix resta sans influence et sans écho. Aucun, du reste, si ce n'est M. Frédéric Mellet, pasteur à Granges, qui fit inscrire une protestation dans le procès-verbal, ne parla bien haut ni bien ferme. Le synode avait failli à sa mission, et, dans cette assemblée du moins, la majorité du clergé officiel avait donné les mains à l'asservissement de l'église à laquelle il appartenait. Si jamais le public avait attaché au mot de synode quelque idée de liberté, quelque espoir d'un développement ecclésiastique, il devait être certainement bien déçu. Le gouvernement pouvait désormais, à la condition de ne pas toucher au dogme, discourir en chaire de toutes choses, en écartant même la religion et la morale. Que de pas n'avait-on pas faits depuis les protestations de la circulaire officielle du G août 1 845 1 !

Le dimanche 20 septembre était le jour fixé par la diète pour la célébration du jeûne fédéral. Selon l'usage, le conseil d'état du canton de Vaud adressa au peuple un mandement destiné à lui faire sentir le besoin pressant de L'humiliation et de la grâce de Dieu. Il semblait naturel que, dans les graves circonstances religieuses et ecclésiastiques que traversait notre pays, le gouvernement fît entendre quelques appels à la concorde en même

1 L'Avenir, 1846, N°14, 5 août. — Archives du christianisme, N°15, 8 août. (Lettre de Lausanne du 3 août.) — La Réformalion au XIXe siècle, N° 31, 30 juillet. (Le synode national.) — Prières pour la fête civique, anniversaire de l'acceptation de la constitution du 40 août 4843. (6 pag. in-4.)

temps qu'il prendrait largement sa part des fautes commises. Sans doute, il ne pouvait méconnaître combien l'état moral du pays laissait à désirer, mais il se contentait sur tous ces points de ces phrases banales, stéréotypées, qui ne disent plus rien à force d'être répétées, et, malgré tout, le conseil d'état se montrait assez satisfait. L'état de l'église ne lui suggérait que des expressions de contentement; en somme, tout allait pour le mieux : « Le pain de vie, dont nous ne connaissions pas la privation, et qu'on craignait de voir défaillir parmi nous dans une de ses sources (!?), n'a pas cessé de nous être distribué du haut des chaires chrétiennes. S'il y a eu rareté, en quelques lieux, elle a probablement servi à nous mieux faire sentir le prix de la prédication du saint Evangile de Christ (?). Aussi, la foi de plusieurs (!) en la stabilité de notre église nationale a été fortifiée et ranimée. Dans bien des lieux, les vides faits dans les assemblées de nos temples sont remplis déjà par une multitude plus considérable de fidèles. Les brèches se réparent, les places se remplissent, et encore ici les nuages se dissipent. » Le conseil d'état, on le voit, se montrait bien optimiste; il est vrai que son optimisme lui était imposé par la nécessité de dire paix là où il n'y avait point de paix : la liberté de ses allures y était intéressée au plus haut degré, et la prose officielle devait faire l'effet d'un soporifique qui endormirait le pays sur l'état vrai des choses.

L'église évangélique libre ne voulut point, du reste, demeurer étrangère au jeûne national. A la vérité, le mandement du conseil d'état ne fut pas lu dans ses assemblées de culte; il y fut remplacé par l'invitation émanée de l'administration provisoire de l'église; invitation sérieuse, pressante, mettant le doigt sur les plaies, non seulement du peuple politique, mais encore et surtout du peuple religieux, du peuple chrétien, de celui qui avait été si « infidèle dans l'usage de la liberté religieuse 1 j> Au reste, celte invitation était due à la plume ferme, précise et

chapitre m. 385 vraiment humble du professeur S. Chappuis. Elle fut lue dans les assemblées religieuses du dimanche 13 septembre1. A ce propos, il n'est pas sans intérêt de rappeler que, sur la demande de plusieurs pasteurs démissionnaires, et en particulier de M. Dumont, d'Oron, les paroisses libres avaient, déjà le 25 mars précédent, célébré un jeûne d'humiliation et d'actions de grâce2.

Nous avons assisté à la tenue du premier synode de l'église nationale vaudoise et nous avons constaté combien il fut pauvre dans son objet et pauvre dans ses résultats. L'église évangélique libre allait, elle aussi, avoir son synode, synode qui, en arrêtant sa constitution définitive, rafïirmerait nettement aux yeux du monde chrétien et lui assurerait un développement normal et une marche régulière. Les divers éléments qui devaient entrer comme autant de matériaux dans la structure de l'édifice, n'attendaient que ce moment pour se rapprocher, se joindre et se souder fortement les uns aux autres. L'église existait, mais il était réservé au synode de lui donner sa forme arrêtée et de lui imprimer sa direction.

Le 1er septembre, la commission centrale étant réunie sous la présidence de M. le professeur Chappuis, il fut donné lecture du projet d'organisation pour l'église libre déjà délibéré dans la première commission générale et revu par une commission spéciale. La discussion sur ce projet s'ouvrit immédiatement. Ensuite, le bureau nomma une commission chargée des mesures à prendre pour former un synode constituant. Cette commission fut composée de MM. Leresche, pasteur à Morges, Chatelanat et Miéville, pasteur à Vevey. Le 24 septembre, la commission

4 4 pages autographiées, 7 septembre 1846.

' Septième circulaire de la Commission, 28 février 1846.

MOUVEM. RELIG. VI. 25

centrale porta les résolutions suivantes à la connaissance des

paroisses et réunions de chrétiens qui désiraient se rattacher à V église évangéliqne libre du canton de Vaud.

1° Le synode constituant de l'église évangélique libre du canton de Vaud se compose de délégués de toutes les paroisses qui désirent se rattacher à cette église.

2° Est réputée paroisse toute congrégation organisée, c'est-à-dire ayant un conseil de paroisse et des assemblées de culte régulières, qui compte au moins vingt communiants des deux sexes.

3° Les groupes de fidèles qui désirent se réunir à l'église libre, mais qui ne forment pas une paroisse aux termes de l'article précédent, ne pourront avoir de députés directs au synode. Ils se joindront à la paroisse organisée la plus voisine et concourront à l'élection de ses délégués.

4° Chaque paroisse envoie au synode un nombre de députés proportionné à celui des communiants qu'elle renferme, savoir :

a) les paroisses qui ont de vingt à cent communiants, deux députés; b) celles qui ont de cent à deux cents communiants, trois députés, et ainsi de suite, un député pour chaque centaine de communiants en sus de la première.

N. B. Quand il y a plus de cent communiants, les fractions de cinquante et au-dessus sont comptées pour une centaine; celles de moins de cinquante ne sont pas comptées.

5° La députation de chaque paroisse devra se composer, pour la moitié au moins, de laïques.

6° Les procès-verbaux de l'élection des délégués devront être transmis au bureau de la commission centrale avant le 28 octobre, par l'intermédiaire des conseils de paroisse. Ils seront revêtus des signatures du président et du secrétaire de ces conseils.

7° Le bureau convoquera immédiatement le synode, de manière à ceque cette assemblée soit réunie dans la première quinzaine de novembre. Il lui fera parvenir les procès-verbaux mentionnés à l'article précédent

La commission centrale devait continuer ses fonctions jusqu'au moment où la constitution de l'église aurait été acceptée et où les nouvelles autorités ecclésiastiques entreraient en activité.

• Treizième circulaire de la Commission, 24 septembre 1846.

chapitre m. 387 A la date du 9 novembre, le président de la commission convoquait le synode constituant pour le lendemain, à 10 heures du matin, à Lausanne, chez M. Juste de Charrière, rue de Bourg, N° 36, 2me étage.

Le mardi 10 novembre fut un jour solennel pour l'église évangélique libre du canton de Vaud; il s'ouvrit par la consécration au saint ministère de MM. Alexis Reymond, Jacques Fanre et Alexandre M onnerat, tous trois licenciés en théologie. M. le pasteur Scholl prononça le discours sur ce texte : « Nous sommes ambassadeurs pour Christ. » (2 Cor. V, 20.) Les membres du synode assistaient à cette touchante cérémonie après laquelle ils entrèrent en séance, sous la présidence provisoire de M. le professeur Chappuis.

Trente-trois paroisses organisées avaient délégué ensemble 78 députés, dont deux seuls étaient absents.

Le synode se constitua en nommant pour son président M. Miéville, pasteur à Vevey, homme d'une haute capacité administrative, président accompli, revêtu, durant de longues années, de cette charge importante !. Les vice-présidents furent MM. Golay, ancien préfet à Echallens, et Edouard Chavannes-Dutoit, professeur à Lausanne; les secrétaires, MM. R. Wyttembach, à Lausanne (remplacé plus tard) et /. Centurier, ministre à Yvonand.

Le synode chargea son bureau de préparer un projet de règlement intérieur; puis, voulant pourvoir à l'administration de l'église et à l'expédition des affaires courantes jusqu'au moment de l'organisation définitive de l'église, il confirma la commission

1 Mlle Julie Miéville a consacré à la mémoire de son frère un petit volume inspiré par la plus ardente affection : Souvenirs de la vie et de la fin de Henri Miéville, etc. Lausanne, G. Bridel, 1857.

centrale dans les fonctions qu'elle avait remplies jusqu'ici d'une manière si utile.

Mais l'objet principal, le but essentiel de l'assemblée était l'organisation de l'église. Le projet que la commission centrale avait préparé dans cette intention fut renvoyé par le synode à l'examen d'une commission spéciale, prise dans son sein, et à laquelle il laissa toute liberté de procéder comme elle le jugerait bon. Cette commission était ainsi composée : MM. Golay, S. C happais, Théod. Rivier, H. Thomas, pasteur à Orbe, A. Vinet, Ed. Chavannes-Dutoit, Ch. Baap, ministre à Vevey, Germond, pasteur à Echallens, Descombaz, pasteur à Morges. Suppléants : MM. Testai, pasteur à Sainte-Croix, Lucien Vallotton, à Vallorbes, et Solorniac, pasteur à Genollier.

Les paroisses pouvaient adresser à cette commission leurs observations sur le projet de constitution, leurs vues et leurs désirs relativement à l'organisation de l'église.

Le travail de la commission, une fois terminé, devait être communiqué aux paroisses et soumis aux délibérations du synode.

Ainsi, de toutes les parties du canton, trente-trois paroisses libres étaient venues se serrer fraternellement la main. L'église libre vaudoise n'était déjà plus à l'état d'éléments épars; elle pouvait se sentir vivre comme église, sous le regard de son divin Chef, et quoique, à divers égards, elle en fût encore au temps des petits commencements, elle avait sujet de rendre grâce à son divin Maître qui l'avait supportée dans ses faiblesses et dans ses misères, et qui l'avait protégée et conduite jusqu'à maintenant M

C'est à l'occasion de l'ouverture du synode constituant et de ses premières délibérations que M. Vinet, jetant un coup d'œil sur ce qui s'était déjà accompli et sur ce qui était en voie d'ac-

1 Adresse du bureau du synode constituant aux pasteurs et aux paroisses; 18 novembre 1846.

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