‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 185 sur 269 · CHAPITRE IH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IH

complissement, écrivait : « Il est un point qui, d'une manière générale et sommaire, se trouve réglé d'avance : c'est l'entrée des laïques, et même, à ce qu'il nous semble, leur prépondérance, dans les conseils de l'église. Dans l'église libre du canton de Vaud, avant toute délibération, et pour toujours, nous le croyons, le clergé a cessé d'être l'église. » Quand on se reporte au passé de l'église vaudoise, et aux événements du 12 novembre, on conçoit en effet que Yinet ait éprouvé le besoin de constater ce progrès significatif. Il ajoute : « Que l'église ou les pouvoirs de l'église ne résident pas dans le clergé seul, voilà qui est mis hors du débat. * Plus loin, il insiste sur ce qu'il appelle le fait primitif qu'il faut respecter; c'est-à-dire « l'existence des églises particulières, » «la monade ecclésiastique, » qui est « le fait naturel par excellence. » C'est en effet de la vie de chacune de ces églises particulières qu'est résultée et que se compose la vie générale de l'église libre vaudoise, aussi importait-il de sauvegarder ce principe essentiel : « Autant de liberté que l'unité en permet, autant d'unité que la liberté en comporte. » Il y avait nécessité à conserver des particularités, de la physionomie native de chaque église, tout ce qu'on en pouvait conserver.

Ainsi, bien que, le 10 novembre, le synode n'eût pas encore formellement constitué l'église, cette première réunion n'en était pas moins une manifestation de la plus haute gravité. Le Nouvelliste pouvait bien, au lendemain du synode et en se reportant au 12 novembre 1845, s'écrier que la cause de l'église « prétendue libre » s'affaiblissait de jour en jour davantage, et se livrer à une comparaison enthousiaste entre l'église nationale et cette église prétendue libre1, M. Yinet en jugeait mieux que le journal du pouvoir lorsqu'il écrivait encore : « Qu'on y pense bien : il s'agit d'un fait nouveau, et considé-

• Nouvelliste vaudois, 1846, N° 91, 13 novembre.

rable par sa nouveauté même. La fondation d'une église libre, dans le petit pays qui vient d'arrêter nos regards, est l'avènement de l'église libre dans l'Europe de Luther et de Calvin;... sur le continent, le premier exemple d'une église de multitude s'affranchissant de la tutelle de l'état.... Nous osons le dire, l'établissement de l'église libre est un bien plus grand fait que la retraite des pasteurs n'est une grande action*. » L'avenir ne donnerait-il pas raison à ces paroles de Vinet?

Pendant que l'église évangélique libre travaillait à se faire jour et à se constituer, et que l'église nationale, de son côté, s'efforçait de réparer ses brèches, quel était l'état général du pays? Les hommes paisibles et les amis de la liberté pouvaient se bercer de l'espoir qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir; ère d'apaisement et de support mutuel. Durant quelques semaines, les réunions religieuses purent avoir lieu sans obstacle dans la plupart des localités du canton, et là où il y eut quelques désordres, ils furent sans gravité. Il semblait donc que les populations n'étaient point par elles-mêmes hostiles à la liberté religieuse, car, depuis le renouvellement des pleins pouvoirs, à la fin de mai, le gouvernement n'avait pris aucune mesure à laquelle on pût rapporter ce changement momentané dans la situation. Peut-être aussi le mot d'ordre avait-il été donné de haut, car, à en juger par les aveux du Nouvelliste, on aurait désiré que quelques-uns des démissionnaires vinssent grossir les rangs des pasteurs officiels, encore bien peu nombreux malgré une seconde consécration qui avait été loin de répondre aux besoins des paroisses. Les circonstances politiques de la Suisse

1 Le Semeur, 1846, N° 47, 25 novembre. (L'Eglise libre du canton de Vaud, réimprimé dans la Liberté religieuse, pag. 627-637.)

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