CHAPITRE ni
appelaient aussi toute l'attention du gouvernement et l'obligeaient à mettre au second rang la question ecclésiastique. Cependant, on pouvait juger à certains indices que le jour de la liberté n'était pas encore près de paraître. Si, du moins, on avait pu se flatter de l'espoir que la tolérance allait préparer les voies à la liberté 1
Vers la fin de juillet (19 à 26), quelques désordres eurent lieu à Orbe, à propos des réunions de l'église libre. La municipalité, voulant intervenir, demanda des instructions au conseil d'état qui répondit qu'il fallait faire exécuter l'arrêté d'interdiction énergiquement, dans sa lettre et dans son esprit; ne pas attendre que les assemblées fussent dénoncées, mais surveiller les maisons, afin qu'une réunion ayant été dissoute, une seconde assemblée fût envisagée comme un acte de rébellion et déférée aux tribunaux i. Quelques jours plus tard (31), une réunion religieuse était également dissoute à Lausanne.
A part la négation du droit que ces faits renfermaient implicitement, on peut dire cependant qu'ils ne se présentèrent pas sous la forme de violences brutales. Il n'en fut, paraît-il, pas tout à fait de même soit des scènes scandaleuses qui signalèrent à Echallens (26 juillet), l'installation du nouveau pasteur national, scènes dans lesquelles un mannequin représentant M. Germond servait de but à un tir au canon, soit surtout des désordres qui affligèrent Sainte-Croix, les nuits du 11 au 12 et du 22 au 23 août.
La contrée de Sainte-Croix était considérée, et à bon droit, comme l'une des plus éclairées de notre pays, et, en particulier, comme l'une de celles où l'on comprenait le mieux les questions relatives à la liberté religieuse. Cependant, la paroisse libre qui s'était formée après la démission avait été, dès son origine, plus ou moins en butte à la malveillance. Des in-
4 L'Avenir, 1846, N° 14, 5 août. Courrier suisse, N° 61, 31 juillet.
jures, des propos grossiers, des mensonges et la calomnie trahissaient la haine dont le pasteur démissionnaire et le propriétaire de la maison où l'assemblée se tenait étaient devenus les objets. Enfin, dans la nuit du 11 au 12 août 1846, une bande de furieux brisa la grille du jardin de la maison habitée par le pasteur. Dans la nuit du 22 au 23, une bande, plus nombreuse encore, pénétra, par effraction, dans le bâtiment du culte. Le propriétaire, accouru au bruit, fut grièvement maltraité et son beau-père, vieillard de soixante-dix ans, frappé à coups de pierre. Les plaintes portées par les lésés demeurèrent sans résultat *.
Ces faits étaient graves et infiniment regrettables. Us pouvaient faire craindre une recrudescence d'animosité et des désordres dans d'autres parties du canton. Il n'en fut rien cependant, mais l'intolérance prit tout à coup une forme nouvelle et qui, pas plus qu'une autre, ne devait tourner à l'honneur de notre pays et de son gouvernement.
Le 9 août, qui était un dimanche, on célébrait dans tout le canton la fête commémorative de l'acceptation de la constitution. D'après les ordres du conseil d'état, transmis aux municipalités, tous les fonctionnaires étaient contraints de prendre part à cette fête; les écoles mêmes, ayant leurs instituteurs à leur tête, étaient tenues de s'incorporer au cortège. Il paraît qu'à Orbe, une femme, la maîtresse d'ouvrages attachée aux écoles primaires de la ville, Mme Michot, ayant estimé qu'il n'y avait pour elle aucune obligation légale à figurer dans le cortège, puisqu'elle ne dirigeait aucune classe particulière, s'était
1 L'Avenir, 1846, N° 16, 2 septembre.