CHAPITRE m
dispensée de participer à la fête. Quelques jours après, elle fut brutalement destituée par la municipalité qui invoquait contre elle ses opinions religieuses hostiles à Véglise nationale, et sa fréquentation des assemblées des dissidents; Mme Miehot était ainsi en mauvais exemple à la jeunesse. Cependant cette maîtresse obtenait de la commission d'inspection de l'école d'ouvrages un excellent témoignage d'où il résultait qu'elle avait été renvoyée par des motifs entièrement étrangers à ses fonctions, La vraie raison de sa destitution était donc son adhésion à l'église libre. 11 eût été plus loyal de le dire simplement1.
Une mesure toute semblable, et provoquée par les mêmes motifs, frappait également, à Bex, deux institutrices, M1Ie Moreillon et Mme Peter-Isoz.
A Orbe encore, MM. Roulet et Reymond, ministres démissionnaires, instituteurs au collège de la ville, furent destitués sur la demande de la municipalité, pour n'avoir pas assisté au culte officiel ni figuré dans le cortège du 9 août.
A Vevey enfin, M. Colomb, ministre démissionnaire, directeur du collège, subit le même sort. M. Colomb, homme d'un grand mérite, remplissait ses fonctions avec un zèle et un talent bien rares. En date du 4 août, il avait loyalement déclaré à la municipalité de Vevey qu'il n'assisterait pas à la fête civique. « Veuillez cependant, ajoutait-il, ne pas attribuer mon absence à quelque velléité de me soustraire à votre autorité ou aux devoirs de ma place. » Mais M. Colomb se fondait sur ce qu'il était ministre démissionnaire, sur ce qu'il n'avait pas adhéré à la révolution de février, et sur ce qu'il avait rejeté la constitution du 10 août. Sa présence à la fête serait donc un acte d'hypocrisie. La municipalité, qui estimait M. Colomb, ne songeait point à communiquer sa lettre au préfet, mais un municipal, moins scrupuleux que ses collègues, le fit de son chef.
1 Courrier suisse, 1846, Nos 67, 71, 21 août, 4 septembre.
Le conseil d'état, prévenu par le préfet, demanda des explications à M. Colomb qui exposa ses motifs avec dignité, ce qui ne l'empêcha pas d'être révoqué de ses fonctions1.
Les destitutions d'institutrices primaires et de maîtres dans les collèges et écoles moyennes, n'étaient que le prélude de mesures plus graves. Il fallait que l'instruction publique tout entière fût pénétrée des idées qui avaient joué un si grand rôle dans la révolution, dans les mesures prises pour raffermir l'église nationale et dans les actes d'intolérance religieuse. De là la nécessité d'une nouvelle loi sur l'instruction publique.
Dans une session extraordinaire ouverte le 26 octobre 1846, le conseil d'état soumit au grand conseil un projet de loi qui donna lieu à de longues discussions, après lesquelles il fut adopté le 12 novembre suivant.
Nous ne nous arrêterons pas aux chapitres de ce projet qui avaient trait à l'instruction primaire et secondaire; bornonsnous seulement à constater que, dans le cours des débats, il y eut, de la part d'un certain nombre d'orateurs, des attaques assez vives, soit contre toute manifestation religieuse sortant de, la ligne prescrite, soit contre la liberté que l'ancienne loi accordait aux parents et aux instituteurs en matière de religion. Un exemple suffira pour révéler l'esprit de ces discussions. Le grand conseil, dans sa séance du 7 novembre, adopta l'amendement suivant du député Samson Milliquet : « Tout instituteur primaire qui assisterait à des assemblées religieuses en dehors de l'église nationale sera destitué l » Mais lorsqu'on aborda le chapitre de la loi qui avait trait à l'académie, l'animosité se
* Courrier suisse, 1846, N° 75, 18 septembre.