CHAPITRE m
peser le joug des préventions, des haines et de l'intolérance sur une partie des citoyens qui sont ainsi mis à l'index. La liberté religieuse, la liberté individuelle sont audacieusement niées, et il se trouve des magistrats haut placés qui n'ont pas honte d'encourager l'émeute, le désordre en faisant, au sein de la représentation nationale, la philosophie de la violence et de la brutalité; ils assignent sans rougir à ces dernières une place honorable dans la loi du progrès. Et c'est ainsi que, dans l'église et dans l'école, on cherche à établir l'arbitraire d'un pouvoir absolu.
Mais en disant les tristesses de ces temps dont le souvenir va s'effaçant chaque jour, nous avons dit aussi les réactions généreuses, les nobles protestations de la conscience, les revendications énergiques, courageuses du droit. Il y a eu alors plus et mieux que des protestations, il y a eu des actes. Nous avons vu naître et se dégager des liens dont on voulait l'enchaîner à sa naissance, une église, à laquelle les audacieux empiétements du pouvoir civil sur le domaine religieux ont donné la conscience d'elle-même et qui renouera une tradition trop longtemps oubliée ; une église qui sera le symbole vivant d'un relèvement, d'une résurrection du sens moral. Ce côté lumineux d'une histoire si sombre en général, fait passer sur bien des choses tristes, regrettables; on se prend à espérer; on se console, on s'encourage soi-même.
La lutte n'est pas finie pourtant; elle va continuer, elle va grandir; elle va revêtir son caractère le plus aigu. N'importe; l'enfant est né; il est viable; on ne l'étouffera pas dans son berceau, car cet enfant porte un nom qui est le gage de toutes les victoires, c'est la conscience du droit et du devoir!
Constitution de l'église libre.
Une année solennelle. — Les débuts de 1847. — Apparences trompeuses. — Session extraordinaire du grand conseil. — Pétition de Cossonaij contre les ministres démissionnaires. — Rapport sur les affaires ecclésiastiques. — Le projet de loi sur les réunions religieuses non garanties par la loi, etc. — Exposé des motifs. — Pétitions contre Yédit de tolérance. — Le langage des journaux. — Lutte parlementaire. — Le parti radical divisé. — Théorie de M. Druey sur les majorités. — Ajournement du projet de loi. — Les pleins pouvoirs amendés et renouvelés. — Reprise des séances du synode constituant. — Analyse critique du projet de constitution ecclésiastique du 8 juillet. — Le projet Chappuis-Vinet. — L'exposé des motifs. — Discussion du projet dans le sein du synode. — Premier débat. — Lettre de M. Vinet à un membre du synode constituant. — Second et troisième débats. — Le synode menacé se transporte à Epenex. — Dernière séance et clôture du synode. — Scène touchante. — Déclaration des membres du synode. — Résolution finale. — L'esprit du synode. — L'opinion de Vinet.
Grâce à l'extrême gravité des événements qui en marqueraient le cours, l'année 4847 devait être, pour la Suisse entière, une année solennelle. Au canton de Vaud, elle s'ouvrit au milieu d'un calme auquel on ne paraissait plus être accoutumé, mais qui était de nature à faire naître les plus douces espérances. On allait enfin voir revenir ces temps paisibles où une liberté de fait, large et complète, semblait faire de tout le peuple une seule famille de frères; où l'intolérance, les dénis de justice ne le partageraient plus en deux camps toujours sur le qui-vive, quand encore ils n'en venaient pas aux mains.
En effet, du 31 décembre 1846, date où les pleins pouvoirs votés au mois de mai précédent prirent fin, jusqu'au H janvier 4847, jour où le grand conseil se réunit en session extraordinaire, le calme le plus parfait régna dans le canton. Les pleins