‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 192 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pouvoirs ayant cessé de droit, le pays avait donc été replacé de fait sous le régime ordinaire et régulier de la loi. Ce temps de calme se prolongea même bien au delà du jour où le grand conseil ouvrit sa session; car ce ne fut que le 5 février, comme nous le verrons bientôt, que les pleins pouvoirs furent accordés de nouveau, et pour la troisième fois, au conseil d'état. On pouvait donc espérer les meilleures choses et se réjouir à la pensée que les désordres qui, depuis bientôt deux ans, avaient attristé tant de localités du canton, ne se renouvelleraient plus. On se plaisait à bien augurer de cette année qui débutait si paisiblement et qui verrait sans doute le retour définitif de l'ordre et de la légalité1.

Cependant, les hommes habitués à y regarder de plus près ne se laissaient point bercer de si belles espérances ; ils savaient que, dans la nature, le calme le plus absolu est souvent le précurseur des orages les plus violents, et que, dans la société, il en est parfois de même. Ils attendaient donc, non sans jouir du présent, ce que l'avenir le plus prochain amènerait.

Dans les régions du pouvoir, moins que partout ailleurs, on ne croyait à la durée de la tranquillité actuelle. On avait sans doute des raisons pour ne pas se fier aux apparences; on savait à quoi s'en tenir, et il est probable que, dans le sein du conseil d'état, il s'était déjà dit plus d'une de ces paroles que le

1 Ce n'est guère que pour mémoire que nous signalons le désordre survenu le dimanche 24 janvier à Lussy, sur Morges. Quelques jeunes gens de Villars-sous-Yens, ayant attendu les personnes de ce village qui avaient assisté à une réunion religieuse à Lussy, les poursuivirent de leurs huées, de leurs injures et leur lancèrent des pierres. Le mercredi suivant, M. le ministre A. de Mestral ayant fait quelques visites à Villars-sous-Yens, fut également insulté et ses vêtements furent souillés de boue. Mais le juge de paix du cercle ayant fait son devoir, M. de Mestral reçut les excuses de ceux qui l'avaient insulté. Cependant, le dimanche 7 mars, les gens de Lussy amenèrent la pompe à feu devant le lieu de culte des chrétiens indépendants et aspergèrent d'eau plusieurs personnes. M. de Mestral fut assailli de boules de neige. Le préfet de Morges ayant reçu une plainte des lésés, promit d'interposer son autorité et tout rentra dans le calme. (Voy. l'Avenir, 1847, N° 4, 17 février.)

grand conseil devait bientôt recueillir de la bouche de ses premiers magistrats. Le 23 janvier, l'honorable M. Pidou ayant exprimé la satisfaction qu'il éprouvait à la pensée de la paix qui régnait alors : « Je ne crois pas, répondit le président du conseil d'état, M. L. Blanchenay, je ne crois pas que la paix soit dans le pays aussi profondément qu'elle paraît; pour moi je la désire vivement; mais la question religieuse, on dirait vraiment que c'est de l'histoire ancienne et que tous les orages qu'elle a soulevés sont complètement apaisés. » M. Druey n'était pas d'un autre avis : « Les esprits ne sont pas aussi tranquilles que les apparences pourraient le faire croire, et l'on ne peut pas trop savoir ce qui arrivera si les pleins pouvoirs ne sont pas renouvelés. »

En réalité, le calme n'était donc qu'à la surface. Les dernières semaines de 1846 avaient déposé comme un mauvais levain dans le cœur des premiers magistrats de la république et de leurs plus chauds amis. On était dépité, irrité. Malgré tout, on avait vu une église libre se former et jeter les premières bases de son organisation synodale. Cette église s'était déjà publiquement affirmée le 10 novembre. Peu après, la destitution en masse et arbitraire des professeurs dont on voulait se débarrasser n'avait abouti qu'à provoquer d'éloquentes manifestations en leur faveur et contre le pouvoir1. L'intolérance du gouvernement, les violences de la rue ne servaient donc à rien. La liberté, gênée dans son plus légitime exercice, se créait une nouvelle sphère d'action, et cela, dans l'école aussi bien que

1 MM. A. Vinet et C. Secrétan, ainsi que plusieurs de leurs anciens collègues, ayant été sollicités par leurs élèves de continuer les leçons qu'ils leur donnaient, s'adressèrent au conseil d'état, par l'intermédiaire du conseil de l'instruction publique, pour en obtenir la faculté de faire leurs cours dans un auditoire de l'académie, et cela à titie de cours libres. L'intention des professeurs était d'éviter ainsi ce qui pourrait tendre à diviser la jeunesse vaudoise. Le gouvernement répondit par un refus assez sec. La coterie doctrinaire et méthodiste n'avait pas été si exclusive. (Voy. Courrier suisse, 1847, N° 4, 12 janvier.)

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