CHAPITRE IV
dans l'église. Il fallait renoncer aux moyens jusqu'alors employés dans le travail de démolition entrepris de haut à l'égard du christianisme évangélique, positif et vivant 1 L'église officielle se soutenait difficilement; son clergé se recrutait avec peine; on n'était pas même assuré de retenir toujours les meilleurs de ses membres. Il fallait donc donner un coup de levier plus énergique, plus vigoureux et plus efficace, pour ébranler et renverser ce que la liberté était en train d'édifier.
D'un autre côté, comme les désordres, les émeutes, les violations de domicile et autres procédés de ce genre renforçaient l'opposition de toutes nuances, fatiguaient même quelques-uns des partisans du système et discréditaient par trop le pays, il était urgent d'aviser à une autre méthode plus décisive; il fallait s'assurer les moyens légaux de détruire ce qu'on ne pouvait renverser, même par la violence. Donc, point de désordres extérieurs qui auraient compromis les projets secrètement formés; des paroles de paix, de tolérance, voire même de liberté! Et c'est ainsi qu'au milieu des illusions de ceux qui croyaient à la paix, et des espérances de ceux qui rêvaient le plus absolu despotisme, s'ouvrit, le 11 janvier 1847, une session extraordinaire du grand conseil.
Que de fois déjà n'avons-nous pas été appelés à pénétrer dans la salle des séances du grand conseil pour y entendre discuter des questions qui paraissent être bien plus du ressort de l'église et de la conscience religieuse individuelle que du ressort d'une assemblée politique 1 Mais c'est que, en réalité, le grand conseil du canton de Vaud était à cette époque le représentant direct et officiel de l'église tout autant que de la société civile. C'est dans son sein que se discutaient les lois qui régissaient la première de ces sociétés aussi bien que la seconde.
En 1847, les débals ecclésiastiques s'ouvrirent, le 23 janvier, par un rapport de M. Corboz sur une pétition de Cossonay relative à Y Adresse des pasteurs démissionnaires à leurs anciens paroissiens dont nous avons eu l'occasion d'entretenir nos lecteurs1. Les signataires de la pétition demandaient que le conseil d'état fût invité à prendre des mesures contre les menées et les écrits des ministres démissionnaires.
La commission chargée de faire rapport sur cette pétition n'avait pas été unanime dans ses conclusions. Une première minorité d'un membre avait voté la non-prise en considération, soit parce que la pétition se fondait sur un écrit paru il y avait déjà une année, soit parce que cet écrit renfermait des assertions qui n'étaient nullement criminelles.
Une seconde minorité, également d'un membre, ayant vu dans Y Adresse une insulte au conseil d'état et au grand conseil, réclamait une enquête contre les auteurs et les propagateurs de cette lettre, comme coupables de diffamation écrite.
La majorité enfin, considérant les circonstances actuelles, proposait de renvoyer la chose au conseil d'état, qui examinerait s'il y avait des mesures à prendre pour maintenir l'ordre et la paix dans le pays.
La discussion qui suivit le rapport de M. Corboz fut assez courte, mais vive, si vive même qu'un journal de l'époque y vit une « saturnale de tyrannie démocratique et de violence révolutionnaire2. » D'un côté se placèrent, pour repousser la pétition, MM. De la Harpe, pasteur, Jaccard, Pidou; de l'autre, pour l'appuyer, MM. Cottier-Boys , Druey, Blanchenay, conseiller d'état, Meystre, préfet. Une opinion intermédiaire, représentée par MM. B. Pitlet et Jean Muret, proposa le renvoi pur et simple au conseil d'état; c'est ce qui fut adopté par 62 voix contre 50.
Malgré la vivacité qui caractérisa cette discussion, elle ne
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2 La Réformalïon au XIXe siècle, 1847, N° 5, 4 février. {Genève et Vaud.)