CHAPITRE IV
nous offrirait cependant pas un intérêt particulier, si elle ne nous permettait d'apprécier l'effet produit par V Adresse des anciens pasteurs, effet, nous le savons, qui ne fut pas partout des plus favorables, même auprès d'un certain nombre de démissionnaires. La pétition de Cossonay venait ainsi justifier les craintes que plusieurs de ces derniers avaient exprimées à la commission générale.
La première partie de la séance du 23 janvier ne fut du reste qu'une escarmouche, un combat d'avant-poste avant les discussions passionnées auxquelles le grand conseil allait se livrer bientôt.
Le jour même où la pétition de Cossonay avait été lue et discutée, le président du conseil d'état, M. L. Blanchenay, donna lecture des pièces dont voici les titres : Rapport au grand conseil sur les affaires ecclésiastiques; Projet de décret prolongeant les pouvoirs extraordinaires du conseil d'état touchant l'église, Vinstruction publique et les actes de l'état civil; Exposé des motifs du projet de loi sur les assemblées religieuses non garanties par la constitution ou non garanties par la loi; Projet de loi sur les réunions, etc.; Projet de décret éventuel prolongeant les pouvoirs extraordinaires du conseil d'état, etc.
Aussitôt après la lecture de ces pièces, on procéda à la nomination de la commission d'examen du projet de loi sur les assemblées religieuses. M. Muret-Tallichet ayant été nommé, refusa péremptoirement, parce qu'il trouvait le projet inadmissible. La commission fut composée de Ml.Veillon, préfet, Druey, conseiller d'état, Cornai, pasteur, Damont et Bettex. On confia à MM. Schopfer, Fischer, conseiller d'état, Bory, Muret, Jean, et Vittel, préfet, le soin d'examiner le projet sur les pleins pouvoirs.
Le Rapport stir les affaires ecclésiastiques ne renferme rien que nos lecteurs ne connaissent déjà. D'un côté, le conseil d'état s'en réfère sur beaucoup de points à ses précédents exposés, et cela, entre autres, pour tout ce qui tient aux principes dirigeants suivis par le conseil dans ces matières; d'un autre côté, le conseil d'état n'a fait que continuer depuis le 30 mai 1846 les mesures qu'il avait appliquées jusqu'à cette époque et dont le grand conseil avait approuvé l'emploi. Enfin, le conseil n'a pas été dans le cas de faire aussi fréquemment usage de ses pouvoirs, surtout en ce qui était relatif aux assemblées religieuses en dehors des cultes garantis.
Le conseil d'état disait n'avoir rien négligé pour soutenir l'église nationale; il avait procédé à des appels de ministres étrangers et à des consécrations extraordinaires. Ensuite de ces mesures, 28 ecclésiastiques s'étaient présentés, 21 avaient été admis définitivement et 3 provisoirement. En outre, 7 jeunes candidats vaudois, étudiants de l'académie, avaient été admis par la commission de consécration. Le nombre des paroisses avait été reporté à 112, pour lesquelles il fallait 124 ecclésiastiques; il en manquait encore 12. « C'est ainsi, disait le conseil, que peu à peu l'on rentre dans un état normal. »
En résumé, l'administration ecclésiastique n'avait offert, depuis le 30 mai 1846, aucun incident remarquable. « Elle a été, disait encore le conseil, la continuation de ce qui avait été entrepris depuis la démission collective de la plupart des pasteurs et des ministres de notre église; elle a été la suite des efforts persévérants faits par le conseil d'état pour combler les vides formés dans le ministère de notre église par cette démission, et pour réparer les brèches faites par ceux qui voulaient la ruine de cette antique institution. » (11)
Depuis le 30 mai 1846, le conseil d'état n'avait fait usage de ses pouvoirs que dans un seul cas, savoir pour interdire les réunions religieuses dans la paroisse du Pâquier. (17 juin.) Il