CHAPITRE IV
il dressait un véritable réquisitoire contre les méthodistes et leur propagande auprès des catholiques de Fribourg et du Valais, lesquels, pour se défendre, leur avaient opposé les jésuites ! Partant de cette base fantastique, le journal de M. Druey croyait pouvoir expliquer la réaction qui s'était faite depuis deux an9 contre les mômiers, par des « considérations autant cléricales que politiques 1 . »
Le débat engagé entre les divers organes de la presse n'était que le prélude de celui qui allait avoir pour théâtre la salle des séances du grand conseil, et c'est à une nouvelle lutte parlementaire que nous allons maintenant assister.
Le 30 janvier, un rapport, présenté par M. Schopfer au nom de la commission chargée d'examiner le projet de décret pour la prolongation des pleins pouvoirs jusqu'au 31 décembre 184-7, concluait à voter cette prolongation, « à cause des lacunes qui existaient encore dans l'église nationale. »
La discussion fut très courte, et, en réalité, ne présenta aucun intérêt. MM. Druey, Ghauvet, Cottier-Renou et Jean Muret plaidèrent la cause des pleins pouvoirs, mais ce dernier en présentant un amendement au sujet des étudiants en théologie. M. Destraz seul se leva pour déclarer que les pleins pouvoirs demandés étaient inconstitutionnels et contraires au serment prêté par les députés de jamais excéder les attributions que la constitution leur donnait.
La véritable discussion sur cet objet important ne devait avoir lieu que dans les séances du 3, du 4 et du 5 février.
Le 3 février, M. Veillon, préfet, présenta le rapport sur le projet de loi relatif aux réunions religieuses non garanties par la
1 Nouvelliste vaudois, 1847, N° 9, 29 janvier.
constitution ou non reconnues far la loi. La discussion ouverte, M. Bourgeois, conseiller d'état, prend le premier la parole. Il a fait minorité dans le conseil d'état ; il est persuadé que les projets présentés ne sont pas propres à procurer l'avantage et la tranquillité du pays. Puis il ajoute :
J'ai toujours été partisan de la liberté religieuse et je le suis encore. Cette liberté est la plus précieuse de toutes; elle est indispensable, et je ne comprends pas comment dans un pays qui tient à toutes les libertés, qui veut passer pour être le plus libre du monde, on puisse songer à l'exclure. S'il y a eu des manifestations à ce sujet, je ne crois pas qu'on doive les attribuer à une véritable intolérance du peuple vaudois, à une antipathie contre la liberté religieuse, mais plutôt à un moment de fièvre révolutionnaire.
. . . Les troubles n'ont pas eu lieu dans toutes les parties du canton. Je crois pouvoir dire que partout où il y en a eu, ce n'est qu'une minorité qui y a pris part. Pourrait-on trouver là une raison pour voter une loi contre la tolérance? D'après cette loi, toutes les fois que les assemblées pourront être une occasion de troubles elles seront dissoutes; or il y a dans toutes les localités des ennemis prononcés, non seulement du méthodisme, mais de toute espèce de culte. Ils ne demanderont pas mieux que de causer du trouble pour empêcher les réunions. Heureusement ces personnes sont peu nombreuses chez nous; j'en suis bien aise pour le canton de Vaud; mais enfin quand il y aura deux ou trois individus disposés à faire du bruit, il faudra que la municipalité défende les assemblées. Où cela nous mènera-t-il? à un état contraire à la constitution, qui accorde à tous les citoyens le droit de s'assembler.
On propose de faire prononcer sur les contraventions par les tribunaux criminels, qui pourront infliger des peines très sévères. Faudrat-il donc en venir à des extrémités semblables parce qu'il plaira à quelques individus de faire du désordre? Je ne puis le croire; mais à supposer que la loi fût admise, on ne réussirait pas plus à la faire exécuter que celle du 20 mai, au sujet de laquelle M. le landammann de la Harpe a dit qu'on avait dû l'abandonner parce qu'on ne trouvait plus déjuges pour la faire exécuter. Pour ma part, je ne saurais conseiller d'entrer en matière et de discuter cette loi. Je la repousserai comme je l'ai fait au conseil d'état.
...Mon opinion est que nous pouvons continuer à marcher comme nous l'avons fait depuis le 1er janvier.