CHAPITRE IV
comme d'une « question grave et difficile, » du moyen de « concilier, dans le canton de Yaud, la liberté générale avec la liberté particulière en matière religieuse. » Il avait attaqué le point de vue individualiste, qui prétend que les droits de l'individu ne peuvent être détruits par ceux de l'ensemble. 11 avait plaidé la cause de la généralité, de la masse ; il avait fait du socialisme, et tracé au grand conseil la voie à suivre : que la majorité fît la loi sans tenir compte de la minorité. Toutefois, rien ne pressait, on pouvait attendre1. Le lendemain, M. Druey répétait tout cela dans la salle du grand conseil, a Le conseil d'état ne demande pas mieux que de préparer des lois qui répondent aux vœux des citoyens et qui soient dans le sens de la majorité du canton. Il en réfère volontiers à l'opinion publique. » 11 faut sans doute avoir le plus de liberté religieuse possible. Ah! si seulement trente-deux mille citoyens demandaient la liberté religieuse pleine et entière î Mais il n'en est pas ainsi : « Ne voulant pas garantir la liberté des cultes, ne voulant pas la prohiber, que restait-il à faire, si ce n'est de prendre un parti intermédiaire, de proclamer la tolérance en principe, et de n'y mettre d'autre condition que celle d'être compatible avec la paix et l'ordre public? Pour cela il fallait donner à l'autorité le moyen de dissoudre ces assemblées quand elles seraient une occasion de troubles, et le pouvoir de faire respecter ses ordres quand il y aurait résistance. Vous voyez donc que le projet a été conçu de manière à réaliser le plus possible la tolérance partout où elle pourrait avoir lieu. »
Avec une perfidie dont il n'avait donné que trop d'exemples, M. Druey s'efforçait de montrer que, dans les désordres comme ceux qu'on avait eu à déplorer, les victimes étaient bien souvent les vrais instigateurs. Non pas, à la vérité, qu'ils eussent matériellement provoqué le bruit, mais « on peut le faire de
1 Nouvelliste vaudois, 1847, N° 10, 2 février.
bien des manières; par exemple, par la prétention de vouloir être meilleur que les autres (!), en se séparant de la généralité parce qu'on craint de s'encanailler (!!). De tels procédés ne sont-ils pas une offense, une provocation? »
M. Druey n'avait pas toujours parlé ainsi, et M. le député Paschoad crut qu'il était de bonne guerre de le réfuter par ses propres discours antérieurs. Il lut, dans ce but, au grand conseil, quelques pages dans lesquelles la cause de la liberté des cultes était défendue avec chaleur et éloquence. Ces pages détruisaient entièrement les arguments contraires que M. Druey avait développés dans V Exposé des motifs du projet de loi. Qu'avait-il à répondre? Rien, ou peu de chose : « Je serais honteux de n'avoir fait aucun progrès avec l'âge, avec le temps et l'expérience, d'être toujours le même comme il y a vingt ans, comme il y a trente ans. Je me fais gloire de profiter des leçons de l'expérience. Je regarde en avant et non pas en arrière. Je ne me demande pas ce que je puis avoir dit autrefois pour savoir si j'y suis conséquent. » C'était se tirer d'affaire en habile homme, si ce n'est en honnête homme.
En face des révoltantes monstruosités du projet de loi sur les réunions religieuses, le parti radical s'était divisé. Le gouvernement ne fut soutenu que d'une manière bien restreinte et surtout bien pauvre par quelques orateurs tels que le préfet Veillon qui plaida même la cause de l'ajournement; par M. Buxcel pour lequel la vraie liberté religieuse consistait « dans la liberté laissée à chacun de s'abstenir de tout mal, et de faire tout le bien qu'il peut; car la religion se manifeste par des actions; » par le préfet Meystre qui déclara impossible « d'imposer à un peuple une liberté qu'il ne conçoit pas, )> et qui pré-