‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 208 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

une fort petite place dans la nouvelle dissidence, et en représentant l'opposition comme un pur système, sans raison, car le pays ne pouvait vouloir « quelque chose de bien différent de ce qui lui était proposé, le projet répondant au progrès actuellement possible. » Cependant, encore une fois, le journal semiofficiel répétait qu'il fallait bien étudier, bien peser le projet et ne pas se presser. Le jour viendrait sans doute où ce projet ainsi pesé et étudié passerait à l'état de loi. Le parti de la tolérance, entendue dans le sens du conseil d'état, y comptait1.

Après ce qui s'était dit en grand conseil et les aveux du journal du gouvernement, on comprend ces paroles de Y Avenir : € Quand on examine de près de telles pièces, quand on réfléchit qu'elles émanent d'un gouvernement qui professe le plus grand amour pour la liberté, et même pour le christianisme, qu'elles portent la date de 1847, qu'elles viennent après les expériences instructives faites dans notre pays depuis vingtcinq ans, on se sent entraîné à des sentiments qu'il faut toujours combattre et on a peine à contenir son indignation. Nous voulons cependant ne nous permettre d'autre expression que celle de la douleur profonde que nous ressentons en voyant notre pays menacé de lois qui constateraient un si grand mépris pour les règles les plus élémentaires de la justice et du bon sens et un gouvernement assez audacieux pour faire au peuple qui l'a placé à sa tête d'aussi funestes propositions2. »

Nous avons dit que la véritable discussion sur le projet de décret éventuel des pleins pouvoirs ne devait avoir lieu que dans les séances du 3 au 5 février. Effectivement, aussitôt après

1 Conf. Nouvelliste vaudois, 1847, Nos 12, 17 : 9, 26 février. * L'Avenir, 1847, N° 4, 17 février.

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la clôture de la discussion sur le projet de loi relatif aux assemblées religieuses, la question des pleins pouvoirs fut de nouveau posée devant le grand conseil.

Le nombre des orateurs qui s'élevèrent contre le projet présenté par le conseil d'état fut considérable; beaucoup plus considérable que celui des défenseurs de ce projet. Ici encore, plusieurs des soutiens habituels du gouvernement l'abandonnèrent. 11 va sans dire que les orateurs marquants de l'opposition ne cèdent pas un pouce de terrain; ils défendent vaillamment la liberté si odieusement confisquée sous prétexte d'ordre public et sous le manteau d'une tolérance à bien plaire. Pour N.Pellis, qui voudrait voir l'église nationale réorganisée autrement, le grand danger des pleins pouvoirs, c'est qu'ils offrent « une prime à l'émeute. » — « Il n'y a, répète-t-il, que cela dans la loi, la prime à l'émeute. » — « Quand vous aurez vaincu les assemblées religieuses au lieu de les organiser, vous n'aurez que reculé la difficulté, et vous aurez fait reculer le canton de Vaud dans les idées qu'il a acquises par quarante ans de méditation et de réflexion; vous l'aurez fait reculer dans son histoire et dans son passé.... Véritablement, c'est à ne pas le croire. Il faut réfléchir sérieusement pour croire qu'on nous ait proposé sérieusement un pareil projet!... La majorité peut n'avoir quelquefois pas raison.... Les grandes idées commencent par être minorité avant que de devenir majorité. » Au reste, la loi présentée n'est pas nouvelle; on en trouve le modèle dans la révocation de l'édit de Nantes. « Une pareille loi est le renversement du protestantisme et de toutes nos libertés ! »

M. le pasteur De la Harpe fait ressortir l'inconséquence des conclusions du rapport de la commission : « La liberté religieuse et d'examen est incontestable, dit ce rapport, puis il conclut de manière à contester ce droit. » Gomment, vis-à-vis de l'émeute, le conseil d'état serait-il désarmé? Ne lui resterat-il pas le code pénal? M. De la Harpe tenait encore à l'église

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