‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 22 sur 269 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

d'un commun accord, d'élever la voix en faveur de la liberté religieuse. Ils ne pouvaient le faire sans entrer en conflit avec te pouvoir civil. Déjà ce conflit avait éclaté. Qui l'avait provoqué? Nous le savons, et il n'appartenait pas aux pasteurs, quels que fussent leurs désirs de paix, et certes ces désirs étaient grands, sincères, de supprimer un débat d'où devait sortir la victoire ou la défaite de la liberté religieuse.

Le 6 mai vit, réunis à Vevey, en conférence générale, un nombre très considérable de membres du clergé vaudois. Un projet de pétition, rédigé par M. le professeur Chappuis, y fut adopté à l'unanimité. Présentée à tous les ecclésiastiques de l'église nationale, cette pétition se couvrit de deux cent sept signatures et fut expédiée au grand conseil constituant dont la première séance avait eu lieu la veille même de la conférence. La liberté religieuse et la liberté du culte étaient réclamées dans ce document, non seulement au nom de la justice, de l'égalité et dans l'intérêt de l'ordre, mais principalement et surtout au nom du christianisme, du protestantisme et de Yéglise nationale. Les pétitionnaires insistaient sur ce dernier chef, en montrant que l'honneur et l'existence même de l'église nationale tenaient à la liberté religieuse accordée aux dissidents. Ils terminaient leur adresse par ces paroles :

Quoi qu'il arrive, nous vous supplions, messieurs, que notre église ne puisse jamais être accusée d'avoir pris part à la persécution, ou d'en avoir tiré profit; et nous déclarons, au nom de l'église nationale, pour autant que nous pouvons nous considérer comme ses représentants, que la persécution, bien loin de lui profiter, la ruinerait; nous protestons en faveur de la liberté.

Mais en la demandant pour ceux qui sont séparés de notre église, qu'il nous soit permis, messieurs, de la réclamer pour notre église elle-même. L'église, pour prospérer, a besoin de liberté. Si l'église nationale est asservie, si le ministère des pasteurs est gêné et rendu impuissant, le christianisme ne périclitera point, sans doute, car il ne peut périr, et nulle puissance ne peut en arrêter les triomphes ; mais notre église s'affaiblira

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et finira par succomber. Comment résisterait-elle avec succès aux efforts de ses adversaires, dissidents et catholiques romains, quand ceux-ci seraient libres, comme nous le demandons, conformément aux principes de justice, et que l'église nationale serait liée; quand les ministres séparés de l'église auraient une entière liberté d'action par des réunions publiques et particulières, tandis que, notre ministère étant entravé, nous n'aurions que des moyens limités de défense? Ce serait porter un grand coup à l'église nationale que de restreindre la liberté de ses pasteurs dans l'exercice de leurs fonctions. Nous ajoutons, revenant ici sur une idée générale déjà énoncée, que la liberté est nécessaire à la conscience, et que si les hommes religieux ne la trouvent pas dans l'église nationale, ils la chercheront ailleurs. Ainsi tout ce qui est vivant l'abandonnera peu à peu, et elle tombera comme un corps privé de la force spirituelle qui le fait mouvoir et agir.

Fondés sur les considérations que nous venons de vous présenter, nous vous demandons instamment, messieurs, d'insérer dans la constitution un article exprès, qui consacre le principe de la liberté religieuse, et qui le fasse de telle sorte que cette liberté soit assurée également dans le sein de l'église nationale et au dehors, pour ceux qui s'associent au culte dont l'état fait les frais, et pour ceux qui, n'en étant pas satisfaits, sentent le besoin d'en avoir un autre *.

Tandis que les pasteurs signaient la pétition ci-dessus et en attendaient très certainement un heureux résultat, le conseil d'état, de son côté, leur préparait une circulaire qui devait leur montrer combien ils étaient loin de compte, combien leurs espérances étaient prématurées. Ils demandaient la liberté dans l'exercice d'un ministère qui ne saurait se passer de liberté, et le chef constitutionnel de l'église vaudoise allait restreindre encore une mesure de liberté déjà très réduite par la loi. Les pasteurs trouveraient-ils plus d'écho auprès du grand conseil auquel ils adresseraient leur pétition? La suite nous l'apprendra ;

1 La pétition se trouve dans le Précis de Baup, pag. 76-81. Le Bulletin religieux de 1845 a donné les noms des deux cent sept signataires dans son N° 6, 31 mai.

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