‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 210 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

liberté des cultes était intéressée à cela; mais qu'avait à craindre la liberté religieuse? Le décret, — c'est M. Delarageaz qui l'affirmait, — ne contenait pas un mot contre la liberté religieuse. L'esprit dans lequel les pleins pouvoirs avaient été appliqués jusqu'ici démontrait qu'on n'avait rien à craindre dans la pratique. Voyez plutôt : « A-t-on forcé des gens à communier, à se marier, à faire baptiser et confirmer leurs enfants à l'église nationale? Il n'en a pas été question! » Du reste, si, chez nous, la tolérance avait été un instant compromise, c'était aux sectaires mêmes qu'on devait attribuer ce résultat, aux ministres démissionnaires, à leurs exigences, à leur impatience. « Qu'on cite un seul exemple d'un homme persécuté pour avoir trop de religion?)) On avait proposé de faire intervenir le code pénal pour réprimer les troubles. M. Delarageaz n'était pas de cet avis : « On nous renvoie au code pénal. Que prescrit-il, le code pénal? Il punit ceux qui troublent les réunions; entendez-vous, messieurs, ceux qui troublent les réunions! » Il était évident que le code pénal ne faisait l'affaire ni des perturbateurs, ni du gouvernement. « Si vous laissez les mains nues au gouvernement, s'écria à son tour M. le préfet Meystre, qu'arrivera-t-il ou que peut-il arriver? Qui vous répond que les ministres démissionnaires ne provoqueront pas de nouveaux désordres (1!), que les assemblées dissidentes ne redoubleront pas de fréquence? Etes-vous bien sûrs que de nouveaux troubles, plus graves que les premiers, n'auront pas lieu? »

A toutes ces arguties d'un pouvoir sans énergie pour le bien, M. l'avocat Blanchenay répondit :

Quant à la loi, elle est jugée, c'est la loi du 20 mai qui a été traitée d'infâme dans cette enceinte sans qu'aucun législateur ait osé élever la voix pour la défendre. Cette loi a fait plus de mal que de bien. Elle a été pour moitié dans la révolution de 1830. Voilà une loi très sévère qui porte atteinte à la liberté religieuse, qui contient un code odieux, et l'on vient nous dire : Si vous ne la voulez pas, accordez-nous les pleins pouvoirs. Je

n'aime pas cette manière de faire; il y a assez longtemps que les pleins pouvoirs durent, ce n'est après tout que le régime du bon plaisir. Il est temps que le grand conseil prenne une autre détermination.... Je n'aime pas les méthodistes, ni ceux qui ont quitté l'église nationale, mais ce n'est pas en les persécutant qu'on en fera diminuer le nombre. Quand il y aura eu des émeutes contre eux, quand on les verra sous l'oppression, les cœurs généreux s'intéresseront à eux; ils prendront plus d'importance. Nous avons besoin de tranquillité, les pleins pouvoirs auront pour effet, non pas de ramener le calme, mais l'émeute sur plusieurs points du pays.

Le discours de M. Blanchenay fît une vive impression. Celui de M.J. Correvon devait relever un point abordé par MM. Delarageaz et Meystre, mais pour faire toucher au doigt l'intention secrète des projets du conseil d'état : k A entendre quelquesuns des orateurs qui viennent de parler, je pourrais croire qu'on en veut surtout aux ministres démissionnaires et à leurs adhérents, et que les deux projets présentés par le conseil d'état n'ont eu en vue que de satisfaire à un sentiment de haine et de vengeance. » Et M. Correvon, tout en justifiant les ministres attaqués, estimait que la mesure proposée porterait à l'église nationale un coup encore plus funeste que tout ce qui s'était passé précédemment. « C'est d'en haut, dit en terminant l'orateur, que devraient venir les mesures tendant à éclairer la population, à la tranquilliser, tandis que la loi proposée est une loi provocatrice 1 C'est d'en haut que devraient partir les influences pacificatrices et non pas les idées et les mesures propres à exciter le feu! » M. Druey se hâta de protester en attribuant l'agitation qui régnait « à certains ministres démissionnaires, qui parcouraient le pays de lieu en lieu, de maison en maison, pour semer l'inquiétude et la défiance, à des écrits où l'injure était prodiguée contre l'église nationale, à des menées de tout genre et qu'il s'abstiendrait de qualifier. »

Le second débat sur le projet des pleins pouvoirs eut lieu le 5 février. La séance fut très courte. Tout n'avait-il pas été déjà

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