‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 211 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dit pour ou contre? Cependant M. Pidou, qui avait ressenti quelque lassitude en voyant se renouveler la lutte entre l'intolérance et la liberté de croyance, et qui était demeuré silencieux les jours précédents, jugea nécessaire d'expliquer sa conduite. « Parfois, dit-il, on éprouve quelque honte à devoir plaider et plaider incessamment des causes qu'on croit nobles et saintes.... 11 me répugnait à traîner encore une fois devant votre barre, comme une suppliante, une liberté qui depuis longtemps devrait régner chez nous en souveraine. » Mais quoi! Ne s'agissait-il pas ici simplement d'une question de majorité et de minorité contre laquelle les défenseurs de la liberté religieuse viendraient se heurter inutilement 1

Encore une fois, M. Dmey se hâta de protester. Dans tous les discours de l'opposition, il voyait des attaques personnelles. Les projets étaient donc sa chose, à lui; il y mettait de l'amourpropre d'auteur. Jamais, du reste, la position de l'ancien président du conseil d'état n'avait paru si désespérée que dans le cours de ces longs et solennels débats. Sans doute, ces débats firent ressortir son talent personnel, mais il avait à lutter contre son passé, contre l'opposition, contre son propre parti et contre sa position actuelle. Aussi se montra-t-il tour à tour menaçant, pathétique, mystique et violent. Trois de ses acolytes, trois préfets, MM. Meystre, Bachelard et Vittel, s'efforcèrent en vain de lui prêter main-forte. Leurs discours, dont on ne se figurerait pas facilement la bassesse, ne réussirent pas à exciter l'enthousiasme en faveur des pleins pouvoirs demandés et qui furent arrachés à la lassitude et à la trop grande complaisance du grand conseil. Ils ne furent pas, du reste, accordés absolument tels qu'ils avaient été demandés. On retrancha, de ceux qui concernaient l'église nationale, les lois relatives à l'instruction publique, sauf la faculté de théologie; et quant à l'église libre, on supprima la pénalité dont le conseil d'état avait demandé le privilège, et on obligea ce dernier à avoir recours aux tribu-

naux, qui agiraient conformément au code pénal. La partie était donc remise.

Ainsi se terminèrent ces longues discussions. Nous n'aurons plus l'occasion, dans le cours de cet ouvrage, d'introduire de nouveau nos lecteurs dans la salle du grand conseil, et nous n'avons pas lieu de croire qu'ils y rentreraient volontiers si c'était pour y assister à des débats aussi douloureux. Toutefois, cette même salle sera encore souvent le champ clos où les champions de l'intolérance et de l'asservissement viendront se mesurer avec les défenseurs courageux d'une liberté plus précieuse que toutes les autres, d'une liberté sans laquelle les autres ne sont qu'un leurre et une vaine apparence.

Tandis que le gouvernement faisait d'énergiques efforts pour empêcher l'église évangélique libre du canton de Vaud de se constituer, celle-ci n'en poursuivait pas avec moins de constance le but qui lui était apparu comme voulu de Dieu pour elle. Aux projets de lois intolérantes et de décrets tyranniques, elle se préparait à opposer une organisation assez forte pour qu'elle pût résister aux orages qui ne manqueraient pas de fondre sur elle. La décision par laquelle le grand conseil avait ajourné la discussion de la loi proposée par le conseil d'état, donna probablement à l'église naissante le temps et la facilité d'achever l'œuvre de sa formation. Qui sait ce qui serait arrivé si, au mois de janvier, Yédit de tolérance avait pris force de loi? Mais Dieu ne permit pas que l'édifice qui allait être consacré à sa gloire fût détruit par la main des hommes.

C'est le 23 février 1847 que le synode constituant, qui s'était ajourné dès le 10 novembre de l'année précédente, reprit ses séances. C'était à Lausanne, dans une vaste salle de l'hôtel Gib-

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