CHAPITRE IV
bon, et sous la présidence de M. le pasteur Miéville. Quatrevingt-deux délégués étaient présents.
Nous avons vu que, très peu de temps après la démission du 12 novembre 1845, un projet de constitution pour l'église qu'on avait en vue d'organiser avait été soumis à la conférence nommée par les pasteurs et les ministres démissionnaires. Mais nous savons quelle fut la marche des événements et comment la position changea graduellement. Au 8 juillet 1846, la première commission était remplacée par une nouvelle commission centrale; le premier projet de constitution était transmis à cette dernière qui, à son tour, était bientôt amenée, par la force des choses, à rédiger un nouveau projet. Présenté au mois de novembre au synode, ce projet était renvoyé à l'examen de la commission spéciale dont nous avons fait connaître la composition à nos lecteurs.
Bien que le projet élaboré par la commission centrale du 8 juillet n'ait presque pas laissé de traces dans la constitution définitive de l'église, et pour cette raison même, il ne sera pas sans intérêt d'en donner ici une idée générale. Nous n'avons pas trouvé vestige du projet primitif, et il ne paraît pas qu'il s'en soit rien conservé, mais le second projet ayant été autographié à un certain nombre d'exemplaires, nous avons pu l'examiner à loisir. Il nous sera ainsi facile de marquer la route parcourue entre le jour crépusculaire où l'église libre prend à peine conscience d'elle-même, et l'heure où, la lumière s'étant faite, l'église arrive à se reconnaître et à s'affirmer.
Le projet, que nous appellerons du 8 juillet, débute d'une manière significative. A ne considérer que son titre seul, on comprend que les idées et les espérances du premier moment
ont fait place à une plus saine intelligence de la position, sans que, toutefois, on se soit encore pleinement dégagé des traditions du passé. Nous avons sous les yeux un projet de constitution pour l 'église libre du canton de Vaad. Il n'est donc plus question d'une reconstitution de l'église nationale. La fiction sur ce point a été bien et dûment abandonnée. C'est sans doute là ce qui avait marqué le premier projet d'une empreinte trop forte pour que la commission du 8 juillet pût le conserver. L'illusion, en se dissipant, avait contraint à une modification essentielle de la base constitutive.
Nous sommes ici en présence d'une église qui veut être libre. Mais ce mot seul n'indiquerait pas suffisamment la nature de la liberté que cette église réclame. Il est des choses qui ne s'entendent pas d'elles-mêmes et qu'il faut préciser. Aussi l'article 1er du projet complète-t-il l'idée essentielle renfermée dans le titre. Il ne s'agit pas d'une église quelconque et dont le caractère principal serait simplement l'autonomie. Il peut se former, et il se forme parmi les hommes, des sociétés, des églises, dont tout le credo revient à la liberté de la pensée ou des opinions. L'église libre du canton de Vaud s'est intitulée évangélique réformée, parce que c'est selon l'esprit de l'Evangile qu'elle a cherché et saisi la liberté; parce qu'elle a compris que, pour être véritablement libre, une église, comme un individu, doit être affranchie par Christ, le Chef de l'église. Se borner à s'intituler église libre aurait été n'affirmer que le côté négatif, humain, temporel de cette liberté, savoir l'absence de dépendance vis-à-vis de l'état. Le côté positif, spirituel, permanent de la liberté, c'est l'Evangile, c'est le christianisme évangélique qui le crée, et l'église libre naissante avait pour premier devoir, comme pour premier intérêt, de montrer sur quel terrain elle se plaçait en relevant l'étendard de la liberté. Le mot de réformée n'ajoutait du reste rien à l'idée fondamentale et au caractère propre de la nouvelle église, et il nous semble qu'on aurait