‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 214 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

En attachant cette condition première à la qualité de membre de l'église libre, le projet du 8 juillet renfermait un germe fécond qui, en se développant, ferait disparaître le caractère territorial du multitudinisme, et ferait de l'église des baptisés une société de professants. Exiger d'un homme, sous une forme même restreinte, un acte d'adhésion comme condition de son entrée dans une église, c'est, en réalité, rompre avec le multitudinisme pur. Le projet instituait donc réellement une église nouvelle, bien que cette église traînât encore après elle quelques lambeaux du passé. Et voilà, en fait, ce qui séparait décidément les deux églises existant côte à côte dans le canton de Vaud. Les conditions d'admission sont le point essentiel, distinctif des diverses sociétés religieuses, car ce sont ces conditions qui déterminent l'état moral des membres de ces sociétés. A son tour, cet état des membres détermine celui de l'ensemble.

La déclaration exigée pour faire partie de l'église libre permettait-elle de sauvegarder la possibilité d'une union avec l'état? Il fallait supposer pour cela que Yéglise gouvernementale du préambule aurait préalablement disparu, car on ne voit pas bien comment, avec cette église étroitement unie à l'état, il y aurait eu encore place dans cette union pour une église autonome. l\ est probable qu'en formulant de telles possibilités on se cachait à soi-même quelque regret mal étouffé. Si le projet du 8 juillet, malgré son conservatisme, avait été adopté définitivement, il aurait rendu impossible le retour au passé, l'union avec l'état et le multitudinisme pur. Il possédait assez d'éléments nouveaux, essentiels et régénérateurs pour cela. Le travail se serait accompli plus lentement, plus douloureusement peut-être, mais il se serait accompli. Une église qui « ne relève pour le spirituel que de son Chef Jésus-Christ, et qui a, par conséquent, une vie qui lui est propre (art. 5), » est une église placée sur la voie royale de la liberté. Aussi longtemps qu'il y a union avec l'état, l'église peut-elle se dire réellement autonome? Ne court-elle pas toujours le risque de voir la main de l'état s'a-

vancer trop et peser sur elle d'un poids trop lourd ? L'état, ici, n'est pas la société, mais bien le gouvernement, c'est-à-dire l'autorité jalouse de ses droits et toujours en éveil. Voilà deux principes, deux puissances, comme dit Bossuet, qui ne Punissent pas, mais qui s'embarrassent, quand on les confond ensemble. La constitution définitive de l'église libre a sagement renoncé à cette utopie.

Quant à la doctrine de l'église libre, le projet du 8 juillet s'exprimait ainsi : « L'église libre ne reconnaît pour règle de foi que la Parole de Dieu qu'elle comprend dans le sens exposé par la partie dogmatique de la confession helvétique adoptée par nos pères il y a trois siècles. » (Art. 2.) Cette profession était sommaire; était-elle suffisante? On avait voulu, semblet-il, conserver l'essentiel delà loi de 1839 sur ce point, savoir la Parole de Dieu (loi de 1839, art. 12), et cependant revenir à la confession helvétique en la présentant un peu comme un commentaire des doctrines bibliques. C'est dans le sens de cette confession que la Parole de Dieu devait être l'unique règle de foi de l'église. En revenant à la partie dogmatique de la confession helvétique, on reconnaissait qu'on n'aurait pas dû se la laisser enlever en 1839, et l'on cherchait ainsi à réparer, dans la mesure du possible, une faute irréparable.

Mais l'art. 2 du projet n'était-il pas trop sommaire? Que disait la confession helvétique au peuple de l'église? Rien, car cette confession n'était pas connue; et pour savoir dans quel sens la Parole de Dieu serait comprise par l'église libre, il aurait fallu se familiariser avec la confession helvétique. Sur ce point encore le projet devait subir de grandes et heureuses modifications.

Il va sans dire que l'église libre serait presbytérienne, et c'est ce que pose en fait l'art. 6. On aurait pu craindre au début l'introduction du congrégationalisme par le fait que les troupeaux s'étaient formés isolément et sans lien bien apparent.

Page 1