CHAPITRE IV
témoignage des hommes du XVI0 siècle, et de dire que ce qu'ils ont cru, elle continue à le croire? » Non, si la vérité est immuable, son expression humaine ne l'est point, et les confessions de foi du XVIe siècle ne répondent plus exactement aux besoins du XIXe. Elles sont trop théologiques, et d'une théologie trop savante; elles sont trop polémiques, et d'une polémique trop exclusivement préoccupée de l'église romaine; enfin, et surtout, elles appartiennent à une époque où l'église, c'était le clergé. Œuvre des théologiens, elles ne sont pas, elles ne peuvent être l'expression vraie de la foi des troupeaux. Or il ne faut « mettre dans la bouche de l'église que ce qu'elle croit, ce qu'elle sait, ce qu'elle pense. »
La confession de foi helvétique, non plus qu'aucune confession du XVIe siècle, ne pouvait être le symbole du peuple de notre église. Elle était déjà entamée; on s'était accordé tacitement à en rejeter la partie liturgique et disciplinaire; plusieurs en avaient retranché les anathèmes, et, au fond, il n'était personne qui la suivît, si ce n'est de loin et en gros. Or, s'il appartient à l'église de confesser sa foi, « il faut que la formule de cette confession soit accessible à la plus humble servante, au plus ignorant manœuvre, si d'ailleurs ils sont chrétiens; il faut que chacune des parties dont cette confession se compose trouve un écho dans leur cœur. Tout autre système nous ramène à notre insu, et sans doute contre le vœu de ses défenseurs, à la foi d'autorité, au principe de la tradition, au catholicisme. » Toutefois, si la confession helvétique n'est pas conservée comme loi, elle l'est comme monument et son nom est écrit dans la constitution de l'église.
Le symbole nouveau est une loi qui a peu d'articles, mais pas un qui ne soit capital. Tout s'y rapporte à Jésus-Christ. « Rédacteurs d'un symbole populaire, nous n'avons voulu savoir que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. C'est lui proprement qui est le sujet de noire symbole; c'est lui que nous
confessons. » Procédant par voie de concentration, le symbole ne renferme ainsi que les vérités par lesquelles on est chrétien, et l'église libre a « pour signe de ralliement, non plus un livre, mais une véritable confession, toujours présente, toujours en vue, où tout parle au cœur, et qui facilement se tournera en hymne et en cantique dans une âme chrétienne, un symbole que la mémoire de l'enfant retiendra sans peine, qui se représentera de lui-même à l'esprit du fidèle dans les moments solennels de la vie, comme à la pensée de l'église dans ses jours d'épreuve et de combat, et qui pourra couler tout entier, à l'heure suprême, des lèvres du chrétien mourant, a
L'Exposé des motifs, qui s'était beaucoup étendu sur le sujet de la confession de foi, passait plus rapidement sur l'administration intérieure de l'église. Il lui suffisait de mentionner l'engagement de l'église vis-à-vis de son unique chef, auquel elle doit obéissance , parce que tout chrétien trouve cet engagement dans son propre cœur. Il passait sous silence la question de Y union de l'église et de Vétat, parce que cette union n'était « ni probable, ni même possible. » Liberté absolue d'entrer dans l'église nationale était du reste laissée à quiconque jugerait à propos de se détacher de l'église libre. Indépendamment même de tout autre motif, ce qui obligeait à garder le silence sur cette matière, c'était la composition même de l'église libre. On n'aurait pu parler d'union, dans un sens ou dans l'autre, sans blesser les vues d'une partie des membres de l'église libre. Sur ce point, en particulier, l'œuvre qui s'accomplissait était une œuvre de conciliation, par conséquent de transaction. Il ne fallait pas l'oublier.
Dans une certaine mesure, il en était de même du multitudi-