CHAPITRE IV
sur l'église, et substituait ainsi à l'ancien presbytérianisme une forme qui répondait infiniment mieux aux droits des troupeaux. Mais, dès l'entrée, le synode se trouva en présence de deux systèmes : celui d'une fédération d'églises et celui d'une confédération d'églises, ou d'une église générale plus ou moins unitaire. C'est ce que fit remarquer avec raison M. Golay , qui plaida pour qu'on admît la variété des points de vue et une organisation qui satisfît le plus grand nombre possible des besoins réels que la variété comporte.
Au point de vue des faits qu'il rappelait, l'art. 1er donna lieu à une assez longue discussion. Quelques membres du synode crurent découvrir dans la rédaction de cet article une tendance à effacer autant que possible l'origine de l'église libre, et à lui enlever la filiation, évidente pour eux, qui la rattachait à l'acte de la démission, afin de la représenter comme née spontanément et rationnellement de l'adoption réfléchie des principes de M. Vinet. Ils étaient sans doute conduits à interpréter de cette manière le travail de la commission, par le fait assez évident que l'esprit de Vinet avait présidé à cette œuvre et inspiré la rédaction générale due essentiellement au professeur Chappuis.
Sous l'influence des préoccupations de cette nature, M. Espérandieu trouvait que le projet donnait à Véglise libre une origine qui n'était pas la sienne, parce que, jusqu'ici et historiquement, il y avait eu une église et non des églises. Ce n'étaient pas des églises organisées qui, par le moyen de leurs délégués, avaient pris part à la confection du projet. Aussi M. Espérandieu aurait- il préféré le mot de paroisses à celui d'églises. M. Solomiac partageait cet avis; il rejetait le mot église, comme menant au congrégationalisme, et il voulait qu'on tînt compte des faits antérieurs. M. de Gasparin voulait conserver et les églises et Véglise. Il insistait pour qu'on organisât, pour qu'on résistât à la tendance qui voulait du provisoire, « Organisez, disait-il, et vous serez vous-mêmes, et la rentrée dépendra d'une
large réorganisation de l'église nationale. » M. de Gasparin trouvait que le projet était presbytérien dans le sens vrai et historique du mot. L'art. 15 (attributions du synode) traçait une limite infranchissable entre l'église du projet et le congrégalionalisme. A litre de concession, le projet n'était ni épiscopal, ni congrégationalisle, mais réellement presbytérien.
Tel était aussi l'avis de M. Germond, autrefois presbytérienultra, disait-il, mais qui en était revenu et qui adoptait avec confiance le système proposé de circulation de la vie du centre aux extrémités et des extrémités au centre. Il préférait également le mot d'églises à celui de paroisses qui était trop territorial.
M. Bauty voulait que, par esprit de conciliation, on sacrifiât des mots malheureux comme ceux d'églises et de paroisses; il proposait celui de chrétiens, parce que ce ne sont pas, disait-il, les églises qui forment l'église, mais que ce sont les âmes qui forment le corps de Christ. Quant à la date de 4845, M. Bauty tenait à ce qu'on rappelât formellement l'acte de la démission et qu'on ne se bornât pas à le sous-entendre. Plusieurs troupeaux désiraient en effet qu'on sût pourquoi ils avaient quitté l'église nationale, et qu'on ne crût pas que c'était en vertu d'un principe ecclésiastique.
M. Descombaz rappelait que tout était encore provisoire, que c'étaient les groupes de fidèles qui s'étaient organisés et avaient envoyé des délégués; mais que ces groupes étaient des églises autonomes qui voulaient se réunir en un corps. On ne voulait pas de congrégationalisme, mais le presbytérianisme, et il fallait conserver le mot d'églises qui réservait l'autonomie raisonnable des églises, en même temps qu'il fallait établir un centre capable d'agir. Par peur du congrégationalisme, il ne fallait pas se jeter de l'autre côté et dans l'épiscopalisme. Pour M. Descombaz, c'était dans le premier article que gisait le projet tout entier.