CHAPITRE IV
demander qui parle ici? Ce n'est pas le clergé, c'est l'église. Or une confession où tout le monde trouve sa propre foi est une prédication, quelque chose d'édifiant. Mais une œuvre théologique sera toujours pour l'église en masse un livre fermé. Avec une confession que tout le monde peut souscrire, vous avez une église; avec une confession que le clergé seul peut souscrire, vous n'avez pas une église mais un clergé. On dit : faisons deux symboles, un pour le troupeau et un pour le clergé. Mais ce serait grave, car ce serait dire que la confession de l'église est insuffisante. On dit que le projet est latitudinaire. Ce mot est grave aussi, mais saint Paul voulait savoir Christ seul; Philippe baptise l'officier qui croit. Le symbole est complet, en ce sens qu'il donne la base évangélique de la foi; la prédication édifiera là-dessus. »
Comme on l'avait fait entendre avant lui, M. de Gasparin voulait aussi qu'on se rattachât à l'église apostolique. Pour lui, il y avait une confession de foi meilleure que toutes les autres, renfermant la vérité tout entière, car la vérité fractio?inée n'est pas la vérité. « Ma confession de foi, c'est la Bible. Ni catholiques, ni rationalistes ne pourront signer l'Ecriture sainte comme pleinement inspirée. Toutes les confessions ont leurs rationalistes. L'ennemi a pénétré dans toutes les places, mais jamais les ennemis n'ont souscrit à la pleine inspiration des Ecritures. »
M. Miéville avait entendu M. de Gasparin avec une entière satisfaction. « Le moment viendra pour l'église où toutes les confessions de foi ne seront que des monuments historiques et où tous les disciples de Christ se grouperont autour de sa seule Parole. Je voudrais qu'on l'exprimât dès à présent. Mais il faut faire quelque chose pour les frères qui veulent se rattacher à la confession helvétique. On dit que chacun voit dans la Bible ce qu'il veut. Cette objection me fait frissonner. La Parole de Dieu qui contient le lait pour les enfants et la viande pour les
hommes faits, voilà ce que nous disons tous. Et d'un autre côté, on nous dit que la Bible n'est pas claire et qu'il faut des explications! Que répondre alors aux catholiques romains? Ainsi, je repousse la confession de foi helvétique et ramène à la Parole de Dieu. Il y a un ministère établi pour la prêcher. Il l'étudié avec prière et donne le résultat de ses travaux. Si j'adopte l'art. 2, c'est donc par conciliation. »
Une confession de la foi de l'église ne pouvait nullement aspirer à être complète comme exposé de doctrines; elle devait être la concentration de la doctrine chrétienne, non une énumération ni une démonstration des doctrines chrétiennes. En entrant dans la voie de 1 enumération, on donnait prise au reproche d'être incomplet, parce qu'on n'aurait jamais tout dit, quoiqu'on manifestât l'intention de tout dire. La confession, telle que la proposait le projet, n'avait nullement cette prétention, et il allait sans dire que les pasteurs élèveraient sur cette base toute la vérité chrétienne d'après la Parole de Dieu.
Cette manière de voir ne l'emporta pas entièrement dans l'assemblée. Des changements avaient été proposés; plusieurs furent adoptés. M. Bauty, en particulier, fit inscrire dans la confession une chose de la plus haute importance à ses yeux : la doctrine de la Trinité. Le projet ne mentionnait pas le Saint- Esprit, pensant que cela se comprenait de soi-même. M. Bauty réclama également pour qu'on proclamât les doctrines de l'ascension de Christ, de son retour sur la terre, de la résurrection de la chair (expression qui, sur la proposition de M. Dumoni, fut remplacée par celle de corps) et de la vie éternelle. M. Bauty ne voulait pas des concessions ensuite desquelles les ariens et les panthéistes auraient pu signer la confession de foi. M. Décoppet demanda qu'on insérât un article sur la nécessité de la sanctification personnelle, ou pratique des bonnes œuvres, par opposition à l'antinomianisme.
C'est ainsi que les additions proposées et adoptées altérèrent